CRIEF : condamné à sept ans de prison, l’ancien président de la Cour constitutionnelle fait appel

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Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la cour constitutionnelle

L’affaire opposant l’État guinéen à l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, est loin d’avoir livré son dernier épisode. Ce lundi 26 octobre 2026, son avocat, Me Facinet Soumah, a annoncé avoir fait appel de la décision de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), qui a condamné son client à sept ans de prison.

Rendu le 21 octobre dernier, le jugement prévoit également une amende de deux milliards de francs guinéens. La juridiction a déclaré Mohamed Lamine Bangoura coupable d’enrichissement illicite, de corruption, de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux.

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Une décision que la défense conteste vivement. Pour Me Facinet Soumah, le verdict ne correspond pas aux débats qui se sont déroulés à l’audience. L’avocat dit avoir été particulièrement surpris par la sévérité du jugement. « La décision qui est tombée est loin, je dis bien très, très loin des débats qui ont été menés. Ce n’est pas le résultat de ceci. C’est une décision catastrophique, extraordinaire », a-t-il déclaré au micro de Mondialinfo.net.

La défense a engagé la procédure d’appel sans attendre. Me Soumah précise toutefois qu’il souhaite d’abord prendre connaissance de la décision dans son intégralité, notamment de ses motivations, afin d’en examiner les différents aspects.

En attendant, l’avocat ne cache pas son désaccord avec le jugement. Il estime que celui-ci porte gravement préjudice à son client et remet en cause ses droits. « Nous jugeons à chaud cette décision illégale, contraire au bon sens et portant atteinte à la dignité et à la considération du président Mohamed Lamine Bangoura», a-t-il soutenu.

La confiscation des biens, autre point de friction

Au-delà des sept ans de prison et de l’amende, la confiscation des biens de l’ancien président de la Cour constitutionnelle, aussi bien en Guinée qu’au Sénégal, constitue un autre motif de contestation pour la défense.

Me Facinet Soumah reprend ici un argument qu’il avait déjà avancé au cours du procès : selon lui, la totalité du patrimoine de son client ne peut être associée à ses années passées à la tête de la Cour constitutionnelle.

L’avocat rappelle que Mohamed Lamine Bangoura avait exercé une activité professionnelle pendant plus de 40 ans avant d’occuper cette fonction. Il affirme également que son client possédait déjà des biens immobiliers bien avant son arrivée à la tête de l’institution.

« Nous avons démontré, preuves à l’appui, que M. Mohamed Lamine Bangoura a travaillé pendant plus de 40 ans avant d’être à la Cour constitutionnelle et qu’il a connu des réussites matérielles durant cette période. Il était propriétaire immobilier depuis plusieurs années avant d’accéder à cette institution », a-t-il expliqué.

Pour la défense, la question est donc de savoir si le patrimoine constitué avant l’exercice de fonctions publiques a été suffisamment pris en compte dans la décision de confiscation.

Me Soumah estime par ailleurs qu’une telle mesure pourrait avoir des conséquences au-delà du seul dossier de son client, en décourageant certains citoyens de servir l’État.

« Si on dit que tous les biens sont confisqués, c’est vraiment extraordinaire. Aujourd’hui, si on vous demande de travailler pour l’État, vous allez réfléchir mille fois avant de venir », a-t-il déclaré, dénonçant ce qu’il considère comme une décision arbitraire.

41 milliards de francs guinéens de dommages et intérêts

Les sanctions prononcées contre Mohamed Lamine Bangoura ne se limitent pas à la peine de prison, à l’amende et à la confiscation de ses biens. Dans son jugement du 21 octobre, la CRIEF a également condamné l’ancien responsable et ses co-prévenus à verser solidairement 41 milliards de francs guinéens de dommages et intérêts à l’État guinéen.

La juridiction a ordonné la confiscation des biens de Mohamed Lamine Bangoura situés en Guinée et au Sénégal au profit de la partie civile. Elle lui a aussi interdit d’exercer ses droits d’éligibilité pendant cinq ans.

Dans la même affaire, Sidiki Sylla et Amadou Diallo, tous deux en fuite, ont été condamnés chacun à dix ans d’emprisonnement et à une amende de cinq milliards de francs guinéens. Des mandats d’arrêt ont été émis à leur encontre.

Le cas de Roguiatou Barry, également poursuivie dans ce dossier, a connu une issue différente. À la suite de son décès, la CRIEF a déclaré l’action publique à son encontre éteinte.

Avec l’appel annoncé par Me Facinet Soumah, la procédure entre désormais dans une nouvelle phase. La défense entend remettre en cause aussi bien la condamnation de Mohamed Lamine Bangoura que les mesures financières et patrimoniales qui l’accompagnent.

Reste à savoir dans quelle mesure les arguments de l’avocat seront examinés par la juridiction compétente. En attendant, la contestation du verdict prolonge une affaire aux enjeux judiciaires et financiers considérables pour l’ancien président de la Cour constitutionnelle.