Le franc guinéen traverse une zone de turbulences d’une rare intensité. Le franchissement récent du seuil symbolique du million de francs pour 100 dollars ne constitue pas seulement un chiffre abstrait, c’est hélas un signal d’alarme assourdissant pour l’économie nationale et le pouvoir d’achat des citoyens.
Pourtant, face à ce glissement exponentiel qui nourrit une inflation galopante, la réponse officielle persiste à se vouloir rassurante. Il est urgent de dépasser ce déni pour regarder la réalité en face.
Les causes de cette crise sont multiples et se conjuguent dangereusement.
D’un côté, la décision politique d’interdire l’exportation de l’or par les comptoirs privés, dans l’attente d’une raffinerie nationale encore non opérationnelle, prive sèchement le pays de ses principales sources d’entrées de devises.
En voulant bien faire à long terme, on asphyxie l’économie à court terme.
De l’autre, la gestion de la masse monétaire et les choix budgétaires pèsent lourdement sur la balance. Entre le financement par l’émission de billets, les dépenses de fonctionnement privilégiées au détriment de l’investissement productif, et l’émission massive de bons du Trésor qui inquiète le secteur bancaire, la confiance s’effrite.
Les conséquences de cette spirale sont dévastatrices pour le quotidien des Guinéens.
Pays largement importateur, la Guinée subit de plein fouet la cherté de la vie, produits alimentaires, et médicaments coûtent de plus en plus cher, pendant que les revenus et l’épargne locale fondent comme neige au soleil.
Cette situation pousse inexorablement vers une dollarisation rampante de l’économie, sapant un peu plus la souveraineté de notre monnaie.
Il est encore temps d’agir, mais chaque jour d’inaction aggrave la facture sociale.
Les autorités doivent faire preuve de pragmatisme c’est-à-dire assouplir provisoirement les restrictions sur l’or en attendant que l’outil industriel soit réellement prêt, restaurer une discipline budgétaire axée sur la création de richesses réelles, et renouer un dialogue constructif avec les banques et les experts.
La santé d’une nation ne se mesure pas à l’optimisme des discours prononcés au sommet, mais à la capacité de son peuple à vivre dignement du fruit de son travail.
Mamadi Cisse, économiste, consultant d’affaires, gestionnaire de projet.
Membre bureau exécutif du MoDeL

