Au lendemain du discours offensif de Donald Trump, Masoud Pezeshkian est arrivé ce mercredi à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies avec un message de fermeté : l’Iran ne capitulera pas, mais reste disposé à discuter. Dans un discours largement consacré aux frappes américaines et israéliennes, au nucléaire et à Gaza, le président iranien a également fait du détroit d’Ormuz l’un des points centraux de son intervention.
Dès le début de son discours, Pezeshkian donne le ton. Il affirme venir d’un Iran qui, selon lui, a été victime d’attaques et non leur instigateur. « Nous avons été les victimes du terrorisme », lance-t-il, après avoir rappelé les frappes contre son pays et les victimes civiles qu’il attribue aux États-Unis et à Israël.
Le président iranien présente ensuite la riposte de Téhéran comme une réponse à une agression. « Nous avons riposté, mais nous n’avons pas frappé les populations civiles », affirme-t-il, avant de dénoncer les attaques contre des universités, des cliniques, des écoles, des hôpitaux et des infrastructures iraniennes.
Cette ligne de défense traverse toute son intervention : l’Iran, dit-il, ne cherche pas la guerre, mais doit disposer de moyens suffisants pour ne pas être contraint par la force.
« Il faut que nous soyons forts », insiste-t-il. Mais Pezeshkian prend soin de préciser la finalité qu’il attribue à cette puissance : « Nous ne voulons pas être forts pour être des agresseurs. »
C’est dans cette logique qu’il aborde la question du détroit d’Ormuz.
Pour Téhéran, Ormuz ne peut être dissocié de la sécurité de l’Iran. Pezeshkian refuse que des puissances étrangères puissent utiliser les voies maritimes de la région tout en participant, selon lui, aux opérations militaires dirigées contre son pays.
« Nous ne pouvons pas permettre que certains aient un libre accès et profitent d’une voie d’eau navigable tout en l’utilisant pour nous agresser et nous imposer l’insécurité », déclare-t-il.
Le président iranien poursuit en dénonçant la fourniture de missiles et de technologies militaires aux pays de la région. « Ils continuent à fournir des missiles et des technologies militaires létales pour apporter l’insécurité à tous les pays autour de cette voie d’eau navigable. Nous ne l’accepterons pas. »
La formulation est ferme, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une annonce de fermeture du détroit. Pezeshkian parle de sécurité, de souveraineté et de conditions d’accès à la voie maritime.
Le contexte donne toutefois un poids particulier à ces déclarations. Le détroit d’Ormuz est devenu l’un des principaux points de tension du conflit entre l’Iran et les États-Unis. Avant la guerre, il représentait le passage d’environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
Et surtout, la question du détroit est désormais directement liée aux discussions diplomatiques entre Washington et Téhéran. Selon Reuters, l’Iran s’est dit prêt à rouvrir Ormuz si les États-Unis réduisaient leur pression militaire et levaient leur blocus des ports iraniens.
La référence d’Ormuz prend ainsi une dimension qui dépasse la seule question maritime.
Alors que les deux camps ont repris des contacts indirects à New York, Téhéran cherche à montrer qu’il dispose encore de leviers dans le conflit. La question de la circulation maritime vient s’ajouter aux autres dossiers qui pourraient se retrouver sur la table : les frappes, les sanctions, le blocus, le nucléaire et les garanties de sécurité.
Pezeshkian ne présente cependant pas la puissance iranienne comme un instrument destiné à imposer une domination régionale.
« Nous ne voulons pas utiliser notre puissance à des fins hégémoniques », assure-t-il. « Nous ne recherchons pas notre sécurité au détriment de la sécurité des autres. »
Il adresse également un message aux voisins de l’Iran : « Nous ne considérons pas nos voisins comme des rivaux en matière de sécurité. Nous voulons des voisins forts. »
Derrière cette formule se dessine la vision iranienne d’une sécurité du Golfe organisée davantage par les États de la région eux-mêmes que par les puissances extérieures.
Le nucléaire au centre du même message
Le passage consacré à Ormuz s’inscrit dans un discours plus large sur la souveraineté iranienne.
Pezeshkian défend notamment le programme nucléaire de son pays et rejette les accusations selon lesquelles Téhéran chercherait à se doter de l’arme atomique.
« Pas d’armes nucléaires et pas de limites aux technologies nucléaires pacifiques », affirme-t-il.
Il dénonce dans le même temps ce qu’il considère comme un traitement différent réservé à l’Iran et à Israël. « Les armes nucléaires sont en Israël, mais les inspecteurs sont en Iran », lance-t-il, avant de dénoncer ce qu’il qualifie de « deux poids deux mesures ». Cette accusation constitue l’un des axes majeurs de son intervention.
Là encore, le président iranien revient à la même idée : son pays entend préserver sa capacité à se défendre et à poursuivre ses activités civiles sans accepter ce qu’il considère comme des restrictions imposées de l’extérieur.
Le discours quitte ensuite le Golfe pour revenir à Gaza, autre grand volet de la stratégie rhétorique de Pezeshkian.
« Gaza reste un symbole de l’échec des mécanismes internationaux à prévenir les souffrances civiles », affirme-t-il.
Pour le président iranien, la question palestinienne illustre les contradictions du système international. Il estime qu’il est impossible de parler de paix au Moyen-Orient sans régler la question palestinienne.
« Une paix durable en Asie occidentale est impossible sans justice pour la Palestine », affirme-t-il.
Pezeshkian présente également la résistance palestinienne comme une conséquence de l’occupation et des déplacements de population : « Si un être humain est chassé de sa terre, il résistera. Si sa maison est bombardée, attaquée, agressée, il résistera. »
Mais c’est face aux États-Unis que le discours retrouve son ton le plus dur.
Après le discours de Donald Trump la veille, Pezeshkian refuse explicitement toute idée de capitulation iranienne.
« La résistance du peuple iranien ne fera qu’augmenter face aux sanctions et face à la pression accrue », affirme-t-il. « Nous ne mettrons jamais le genou à terre, nous ne nous inclinerons jamais. »
Le président iranien s’adresse ensuite directement à son homologue américain.
« M. Trump doit comprendre l’Iran », déclare-t-il, avant d’ajouter que Téhéran est « prêt au dialogue, à la diplomatie et aux négociations, sans accepter le langage de la force ».
C’est finalement cette double posture qui résume le mieux l’intervention iranienne : fermeté sur la souveraineté et la défense, ouverture sur la diplomatie.
La question d’Ormuz s’insère exactement dans cette stratégie. Téhéran affirme vouloir la sécurité et la coopération, mais refuse que cette sécurité soit définie sans lui. Dans le même temps, la capacité iranienne à peser sur la circulation maritime donne au détroit une importance particulière dans toute discussion sur la fin du conflit.
À la tribune de l’ONU, Pezeshkian n’a donc pas seulement défendu le droit de l’Iran à se protéger. En plaçant Ormuz au milieu de son discours, il a aussi rappelé que la sortie de guerre ne se jouera pas uniquement sur le terrain militaire ou nucléaire. Elle se jouera également sur la question de savoir qui définira les règles de sécurité dans le Golfe.
Et sur ce point, le message du président iranien est sans ambiguïté : Téhéran entend être autour de la table, et non à la table des accusés.

