« Les superpuissances ne sont pas si “super” que ça » : Guterres décrit le nouvel équilibre mondial

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Antonio Guterres a dressé ce mardi 22 septembre 2026 un portrait sans concession du monde qui se dessine. Devant l’Assemblée générale de l’ONU, le secrétaire général a estimé que la planète se dirige désormais « de toute évidence » vers un monde multipolaire.

Mais il a immédiatement posé une condition : cette nouvelle répartition de la puissance ne doit pas déboucher sur une nouvelle confrontation entre blocs. « Nous nous dirigeons de toute évidence vers un monde multipolaire. Et c’est une évolution irréversible », a-t-il affirmé.

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Pour Antonio Guterres, le véritable enjeu n’est donc plus de savoir si la multipolarité va s’imposer, mais quelle forme elle prendra. Deux scénarios se dessinent à ses yeux. Le premier serait celui d’un monde fragmenté, dominé par la méfiance, les rapports de force et les calculs nationaux. Le second reposerait sur l’interdépendance et la coopération. « Le risque est celui de voir advenir un monde fragmenté et transactionnel. Un monde gagné par la montée des tensions et l’aggravation de la méfiance. Où les marchés seraient fracturés et les institutions affaiblies. » Le chef de l’Onu estime que cette première trajectoire est déjà à l’œuvre.

La « multipolarité en réseau »

Face à cette fragmentation, le secrétaire général propose une autre conception de l’ordre mondial : celle d’une « multipolarité en réseau ».

Le principe est simple : plusieurs pôles de puissance peuvent coexister sans transformer systématiquement leur rivalité en affrontement. « Un monde dans lequel coexistent plusieurs pôles d’influence au sein d’un cadre commun reposant sur le droit international et des règles partagées », a-t-il expliqué.

Cette vision ne nie pas la concurrence entre États. Au contraire, Guterres reconnaît qu’elle restera une donnée permanente des relations internationales. Mais il établit une distinction entre compétition et confrontation. « La concurrence restera une constante des relations internationales, cela va sans dire. Mais la concurrence ne doit pas nécessairement mener à la confrontation. »
Le secrétaire général mise ainsi sur un multilatéralisme capable d’organiser la rivalité plutôt que de chercher à la supprimer.

Un avertissement aux grandes puissances

C’est dans ce contexte que Antonio Guterres adresse l’une des formules les plus remarquées de son discours aux principales puissances mondiales. « Pour qu’un avenir en réseau se concrétise, il importe que les superpuissances, en particulier, se rendent compte que leur puissance n’est pas si “super” que ça. Leur pouvoir a ses limites.»

Le message est ensuite décliné sur trois terrains.

La force militaire, explique-t-il, ne peut à elle seule garantir la paix. La puissance économique ne suffit pas à assurer la stabilité. Et la supériorité technologique ne peut, à elle seule, produire la sécurité. Cette mise en garde s’inscrit dans une lecture plus large des crises récentes. Pour Guterres, les conflits actuels démontrent les limites d’une approche fondée exclusivement sur la puissance.

Une ONU à réformer

Cette nouvelle architecture mondiale ne pourrait cependant fonctionner sans une réforme profonde du multilatéralisme, estime le secrétaire général.

Antonii Guterres défebd une ONU «équilibrée et représentative», capable de refléter les rapports de force contemporains plutôt que ceux hérités de 1945.

La réforme du Conseil de sécurité constitue, dans cette perspective, un enjeu central. Le secrétaire général insiste notamment sur la nécessité d’une représentation permanente de l’Afrique.

Mais son propos va au-delà du Conseil de sécurité. Il appelle à préserver un cadre commun fondé sur la Charte des Nations Unies, le droit international et les droits humains.

Le choix entre deux mondes

Le discours de Guterres ressemble finalement à un avertissement adressé aux grandes puissances comme aux puissances émergentes : la multipolarité ne garantit ni la paix ni la coopération.

Tout dépendra des règles qui l’accompagneront. « Un monde multipolaire en réseau peut créer les conditions permettant de régler les problèmes mondiaux de manière plus équilibrée et plus représentative. »

À l’inverse, la fragmentation pourrait accentuer les tensions déjà à l’œuvre. Pour le secrétaire général, l’urgence consiste donc à construire les mécanismes permettant aux différentes puissances de rivaliser sans basculer dans l’affrontement.

Une équation difficile, mais qui résume l’un des principaux messages de cette allocution : le monde change de centre de gravité, mais il lui faut encore trouver les règles de son nouvel équilibre.