« Une façon de mettre du sable dans le plat » : le SNE conteste le recrutement annoncé de 6 000 enseignants

9 min de lecture
Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat national de l'Education

Le lancement du processus de recrutement de 6 000 nouveaux enseignants dans la fonction publique suscite la contestation du Syndicat national de l’Éducation (SNE). Alors que le gouvernement a annoncé une nouvelle campagne de recrutement, l’organisation syndicale réclame au préalable la régularisation de la situation des enseignants concernés par les engagements pris dans le cadre du protocole d’accord signé avec les autorités.

Le ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique a officiellement lancé le chronogramme du recrutement. Pour cette première phase, les opérations sont prévues du 21 septembre au 13 novembre 2026.

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Cette annonce intervient alors que les organisations syndicales continuent de réclamer la mise en œuvre de plusieurs engagements pris par le gouvernement, notamment en faveur des enseignants concernés par l’évaluation en pratique de classe.

Le 10 avril 2026, le ministre Faya François Bourouno avait signé un arrêté conjoint avec ses homologues du Budget et du Travail. Le texte prévoyait notamment la création de trois commissions techniques chargées de contribuer à la mise en œuvre du protocole d’accord conclu avec les organisations syndicales.

Dans un document consulté par Guinee360, le SNE estime que le lancement d’une nouvelle opération de recrutement intervient alors que les travaux de ces commissions ne seraient pas encore achevés. Pour le syndicat, les engagements déjà pris par le gouvernement doivent être traités avant l’ouverture d’un nouveau processus. « Aujourd’hui, c’est une nouvelle annonce qui intervient à deux semaines de l’ouverture des classes. Une façon de mettre du sable dans le plat de l’Intersyndicale de l’Éducation (FSPE-SLECG-SNE). »

Le protocole d’accord au cœur du différend

La contestation porte notamment sur la situation des enseignants concernés par le protocole d’accord signé le 3 janvier 2026.

Selon le SNE, le point 7 de cet accord prévoit l’examen de la situation des enseignants contractuels communaux qui n’ont pas été retenus à l’issue de l’évaluation en pratique de classe. L’objectif affiché est de permettre leur engagement et de régler leur situation administrative.

Le protocole prévoit notamment : « L’examen approfondi de la liste des enseignants contractuels communaux non retenus par une commission mixte (Fonction publique et syndicats) afin de procéder à leur engagement et de régler définitivement la situation des milliers de contractuels en attente d’intégration. »

Pour le SNE, cette disposition doit être mise en œuvre avant toute nouvelle opération de recrutement. Le syndicat considère donc que le recrutement annoncé ne peut être dissocié des engagements déjà pris par les autorités.

« C’est au moment où nous attendons les rapports de ces différentes commissions techniques pour nous enquérir du niveau d’avancement des travaux qu’il est en train de court-circuiter le processus pour des agendas inavoués et préjudiciables au climat de stabilité sociale dans nos écoles à la veille de la rentrée scolaire 2026-2027. »

Trois commissions techniques mises en place

Le SNE rappelle que l’arrêté conjoint du 10 avril 2026 avait institué trois commissions techniques.

La première est chargée d’examiner les listes des enseignants contractuels communaux non retenus à l’issue de l’évaluation en pratique de classe.

La deuxième doit recevoir et examiner les actes de nomination des cadres du système éducatif guinéen devant bénéficier des primes de fonction.

La troisième est chargée de finaliser le processus de révision du statut particulier des personnels de l’Éducation et de la Formation.

Pour le syndicat, l’achèvement de ces travaux et la régularisation des situations concernées doivent constituer une priorité avant toute nouvelle campagne de recrutement.

Le SNE dénonce un dialogue difficile avec le ministre

Au-delà de la question du recrutement, le SNE dénonce également les difficultés rencontrées dans ses échanges avec le ministre Faya François Bourouno.

Le syndicat affirme avoir multiplié les démarches pour obtenir une rencontre avec le ministre afin d’échanger sur plusieurs préoccupations du secteur éducatif.

« Nous lui avons adressé une correspondance dans l’espoir d’échanger avec lui sur certaines de nos préoccupations, sans suite. Il reste injoignable au téléphone. Ensuite nous avons fait le déplacement jusqu’à son bureau pour demander un rendez-vous d’audience à sa secrétaire, deux semaines après, nous n’avons pas obtenu ce rendez-vous. Nous avons effectué une visite matinale inopinée à son bureau le mercredi dernier, il n’y était pas. Voilà maintenant les raisons pour lesquelles il a catégoriquement fermé la porte de son bureau à l’Intersyndicale de l’Éducation (FSPE-SLECG-SNE). »

Salaires, arriérés et situation administrative

Le syndicat soulève également la question de la situation administrative et salariale de plusieurs enseignants.

Selon le SNE, certains enseignants actuellement en situation de classe seraient toujours privés de salaire depuis plusieurs mois. Le syndicat affirme également que des agents dont la situation aurait déjà été débloquée attendent encore le paiement de leurs arriérés.

« En plus, des enseignants en situation de classe sont sans salaire depuis décembre 2023 et juillet 2024 pour les uns et juillet 2025 pour les autres. Ceux qui ont eu la chance d’être débloqués ne sont jusqu’à présent pas entrés en possession de leurs arriérés de salaire et les primes d’incitation n’existent toujours pas sur leurs bulletins. Les arriérés de salaires de neuf mois des 10 000 enseignants des collectivités locales ne sont pas payés et leur situation administrative n’est jusqu’à présent pas réglée, y compris les quatre échelons que le président de la République a accordé à tous les agents de l’État, sans oublier le reclassement des enseignants. »

Ces affirmations relèvent du syndicat et n’ont pas, dans le document cité, été accompagnées d’une réponse des autorités concernées.

Le syndicat interpelle les autorités

Face à cette situation, le SNE met en cause la gestion du dossier par le ministre Faya François Bourouno et appelle les plus hautes autorités de l’État à intervenir.

Pour le syndicat, le gouvernement dispose déjà d’engagements précis envers les enseignants concernés et doit privilégier leur mise en œuvre avant d’engager une nouvelle campagne de recrutement.

« L’Intersyndicale de l’Éducation (FSPE-SLECG-SNE) tiendra le ministre Faya François Bourouno pour responsable de tout ce qui arrivera dans le secteur de l’éducation pendant cette année scolaire 2026-2027. Il a eu tout le temps, de janvier à septembre 2026, pour procéder à l’application du protocole d’accord et la régularisation de la situation administrative des enseignants. Il ne fait que déplacer la crise au lieu de la régler définitivement. Nous invitons le Premier ministre et le président de la République à s’impliquer dans la résolution de cette crise qui n’a vraiment pas raison d’être puisqu’il s’agit tout simplement du respect des engagements pris. »

Le différend porte ainsi principalement sur l’ordre des priorités. Tandis que le gouvernement a engagé le processus de recrutement de 6 000 nouveaux enseignants, le SNE et l’Intersyndicale de l’Éducation demandent d’abord l’application des engagements issus du protocole d’accord, notamment l’examen de la situation des enseignants dont les dossiers doivent être étudiés par les commissions techniques.

La première phase du processus de recrutement est officiellement prévue du 21 septembre au 13 novembre 2026.