Ce 9 juillet 2026 marque le deuxième anniversaire de la disparition d’Oumar Sylla, connu sous le nom de Foniké Mengué, et de Mamadou Billo Bah, deux figures du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Deux ans après leur disparition, aucune conclusion officielle de l’enquête n’a encore été rendue publique par les autorités judiciaires. Leurs familles, toujours dans l’attente de réponses, réclament de connaître la vérité sur le sort de leurs proches.
Deux ans après les faits, les circonstances entourant cette affaire demeurent toujours marquées par de nombreuses incertitudes. Depuis l’ouverture des investigations en juillet 2024, aucune communication officielle n’est venue faire le point sur l’évolution de la procédure judiciaire.
Le 3 juillet 2025, interrogé par notre rédaction au Tribunal de première instance de Dixinn, alors chargé du dossier, le procureur de la République d’alors, Algassimou Diallo, avait évoqué le secret de l’instruction pour justifier l’absence d’informations disponibles. « Je ne peux pas vous satisfaire, car le dossier est en information », avait-il déclaré.
Cette déclaration demeure, à ce jour, la dernière prise de parole publique des autorités judiciaires sur cette affaire. Depuis, aucun élément nouveau n’a été communiqué concernant les recherches engagées ou les conclusions éventuelles de l’enquête.
Une disparition toujours entourée de mystère
Le 9 juillet 2024, Foniké Mengué et Billo Bah avaient été enlevés dans le quartier Minière, à Conakry, par des hommes en tenue militaire et d’autres habillés en civil, selon plusieurs témoignages recueillis après les faits.
Quelques jours plus tard, Mohamed Cissé, militant du FNDC, affirmait dans une vidéo avoir été interpellé au même moment que les deux responsables du mouvement avant d’être libéré 24 heures plus tard. Ces déclarations n’ont toutefois jamais été confirmées officiellement par les autorités.
Face à l’émotion provoquée par cette disparition, le parquet général près la Cour d’appel de Conakry avait publié un communiqué faisant état « d’informations persistantes faisant état d’enlèvements et de séquestrations ».
Le procureur général, Fallou Doumbouya, avait alors estimé que ces informations étaient susceptibles « d’affecter la sérénité nationale », d’alimenter « une psychose et un sentiment d’insécurité » et de porter « gravement atteinte à l’image du pays, tant sur le plan national qu’international ».
Le parquet avait également assuré qu’« aucun organe d’enquête n’a procédé à l’interpellation ou à l’arrestation des personnes citées » et qu’« aucun établissement pénitentiaire du pays ne détient Foniké Mengué ou Billo Bah ». Il avait néanmoins annoncé l’ouverture d’une enquête confiée aux différents parquets d’instance de Conakry.
Des appels internationaux à la lumière
Le 19 juillet 2024, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’était déclaré « extrêmement préoccupé » par la disparition des deux activistes. L’institution avait appelé les autorités guinéennes à les « libérer immédiatement et sans condition, à moins qu’ils ne soient formellement inculpés conformément aux procédures judiciaires en vigueur ».
Quelques jours plus tard, le 26 juillet 2024, une déclaration du ministre porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, lors d’une conférence de presse conjointe avec le général Amara Camara, porte-parole de la Présidence de la République, avait suscité une importante controverse.
« Lorsqu’un enfant disparaît, l’appareil judiciaire est immédiatement déclenché. Pour un adulte, il faut une démarche. Les adultes ont le droit de disparaître volontairement. On n’a pas automatiquement le droit de les rechercher, sauf s’il y a une requête judiciaire », avait-il déclaré.
Ces propos avaient provoqué de nombreuses réactions de la part des organisations de défense des droits humains, qui estimaient qu’ils contribuaient à minimiser la gravité de la situation.
Une affaire parmi plusieurs disparitions non élucidées
Le dossier Foniké Mengué–Billo Bah intervient dans un contexte plus large marqué par plusieurs cas de disparitions non élucidées enregistrés en Guinée depuis le 5 septembre 2021.
Parmi les dossiers les plus marquants figure celui du colonel Cécé Célestin Bilivogui, disparu le 8 novembre 2023, soit quatre jours après l’évasion de feu Claude Pivi de la Maison centrale de Conakry. Sa dépouille avait finalement été retrouvée et identifiée près d’un an plus tard à la morgue de l’hôpital Ignace Deen.
D’autres affaires restent également sans réponse, notamment celles de Saadou Nimaga, ancien secrétaire général du ministère des Mines, du journaliste Habib Marouane Camara, de Néné Oussou de l’UFDG et de Mabory de l’UFDG, tous portés disparus dans des circonstances qui demeurent inexpliquées.
Certaines victimes ont cependant été retrouvées après avoir subi de graves violences. C’est notamment le cas d’Abdoul Sacko, coordinateur du Forum des forces sociales de Guinée, enlevé à son domicile avant d’être retrouvé grièvement blessé dans une brousse de Forécariah le 19 février 2025.
L’ancien bâtonnier Me Mohamed Traoré avait également été enlevé dans la nuit du 20 au 21 juin 2025 à son domicile de Conakry par des hommes armés et encagoulés. Il avait été retrouvé blessé quelques heures plus tard à Bangouyah, dans la préfecture de Coyah.
Deux ans après la disparition de Foniké Mengué et de Billo Bah, leurs familles restent privées de nouvelles de leurs proches. En l’absence de résultats publics issus de l’enquête, les questions demeurent entières sur les circonstances de leur disparition et sur leur sort.
Pour plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, cette affaire est devenue un symbole des inquiétudes liées aux disparitions non élucidées en Guinée et de la nécessité de faire toute la lumière sur ces dossiers, dans le respect des garanties judiciaires et des droits fondamentaux.

