Trois semaines après l’attribution du Prix Mohamed Maïga du journalisme d’investigation africain au journaliste guinéen Habib Marouane Camara, administrateur général du site d’information Lerevelateur224, son épouse, Mariama Lamarana Diallo, est sortie de son silence.
Face à la presse, ce samedi 20 juin 2026, elle a livré un témoignage empreint d’émotion, revenant sur la distinction décernée à son mari, porté disparu depuis un an et six mois, ainsi que sur l’espoir que cette reconnaissance internationale fait renaître au sein de sa famille.
Décerné par Reporters sans frontières (RSF) lors de la 34ᵉ édition des Prix de la liberté de la presse, organisée le 1er juin dernier au Palais du Pharo à Marseille, le Prix Mohamed Maïga du journalisme d’investigation africain a constitué, selon elle, un moment à la fois douloureux et porteur d’espoir. « C’est une occasion pour moi de m’exprimer, afin que vous ayez mes sentiments par rapport à ce prix Mohamed Maïga, prix de l’investigation de journalisme africain. », a-t-elle déclaré.
Mariama Lamarana Diallo explique avoir appris cette distinction avec surprise, dans un contexte marqué par une longue période d’incertitude et d’angoisse. « Ça a été vraiment un moment inattendu, en même temps un moment opportun. Pourquoi ? Parce que c’est après un an, six mois, sans nouvelle d’Habib Marouane Camara, que j’ai reçu un appel de telle organisation, de la presse internationale, pour me dire que votre mari est nominé à un tel prix, c’était vraiment le moment bienvenu. »
Pour elle, cette récompense représente un véritable souffle d’espoir après de longs mois d’attente. « C’est en même temps un coup de souffle, parce qu’imaginez pendant tout ce temps, moi et sa famille vivons dans un monde un peu obscur pour nous, parce que rester sans nouvelle d’un père de famille, durant tout ce temps, il fallait vraiment que cette nouvelle nous tombe. », a-t-elle poursuivi.
Invitée à se rendre en France pour recevoir la distinction au nom de son époux, Mariama Lamarana Diallo confie avoir vécu des émotions contradictoires. « J’ai été interpellée pour pouvoir me présenter en personne. D’un côté, j’étais partagée entre sentiments de tristesse, en même temps de joie. Tristesse, pourquoi ? Parce que je me suis dit que ce ne sera pas Habib Marouane Camara en personne qui va recevoir ce prix. Il va falloir que ce soit moi en personne. J’aurais voulu que ce soit lui, mais malheureusement, ça n’a pas été le cas. Un moment de joie, parce que c’était vraiment le bon moment pour qu’on puisse un peu souffler après tant de mois sans nouvelles de lui. », a-t-elle expliqué.
Une fois sur place, elle affirme avoir ressenti une profonde solidarité de la part de la communauté internationale des médias. « Je me suis déplacée, je suis partie, heureusement ça s’est bien passé. Ils m’ont bien accueillie et figurez-vous que vraiment la presse internationale m’a fait comprendre qu’elle est là pour Marouane Camara. Ils ne l’ont pas oublié, ils l’ont démontré avec les actes. Et sur place, ils m’ont carrément transféré cette grande chaleur humaine. Et franchement, ça m’a réconfortée à plus d’un titre. »
L’épouse du journaliste raconte également l’intense émotion qui l’a envahie lorsque le nom de son mari a été prononcé lors de la cérémonie. « J’ai reçu le prix en entendant déjà le nom de Marouane Camara résonner dans une salle qui est le palais du pharaon. Pour ceux qui connaissent, ils savent de quoi je parle. Ça a été vraiment un moment de joie. En même temps, j’étais en pleurs. Il a fallu quelques minutes pour que je puisse me remettre un peu, afin de pouvoir passer mon discours. Donc tout ceci réuni, je peux conclure que ça a été vraiment ce que l’on voulait.»
Très émue, Mariama Lamarana Diallo a conclu son intervention par un appel aux autorités, les exhortant à poursuivre les efforts pour retrouver son mari. «Aujourd’hui, mon souhait le plus ardent, c’est qu’il revienne. Et ça, c’est le souhait également pour tout le monde j’imagine. Il nous manque et on souhaite vraiment qu’il soit là afin de célébrer ce jour avec lui. A travers ce prix, on a su que Habib Marouane Camara est toujours là. On se dit qu’il est toujours parmi nous. Puisque ce sont ses efforts qui ont été récompensés. Tout ce que je dirais aux autorités, de nous tendre vraiment l’oreille et pourquoi pas la main pour qu’on puisse le retrouver. C’est tout ce que je leur demande. », a-t-elle conclu, la voix chargée d’émotion.

