L’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana a été entendu ce lundi 11 mai 2026 à son lit d’hôpital par la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Selon Me Amadou Babein Camara, avocat représentant l’Agent judiciaire de l’État : « Le parquet spécial a commencé à poser des questions à M. Kassory Fofana. Des difficultés sont apparues lorsque le parquet a évoqué une pièce du dossier.
L’avocat de M. Kassory a indiqué qu’il ne disposait pas de cette pièce. L’affaire a donc été renvoyée à l’audience du jeudi 14 mai. À cette audience, la Cour prendra probablement une nouvelle décision afin que les débats puissent se poursuivre ici, à l’hôpital. D’ici là, toutes les parties vont échanger les différentes pièces justificatives de leurs dossiers. »
Interrogé sur l’état de santé de l’ancien chef du gouvernement, il a déclaré : « Il est alité, mais il a pu répondre aux questions qui lui ont été posées. Il est en mesure de le faire. »
À la question de savoir si les réponses fournies étaient satisfaisantes, l’avocat a ajouté : « C’est au juge d’en apprécier la portée. Mais je pense que le parquet, qui est la seule partie à avoir posé des questions pour le moment, est satisfait des réponses obtenues. »
Concernant la décision de la Cour de se déplacer au chevet de l’ancien Premier ministre, il estime que : « Cela permet le respect du contradictoire et donne au prévenu la possibilité de répondre aux accusations portées contre lui. »
Évoquant la pièce litigieuse, il a précisé : « Il s’agit d’un procès-verbal établi par une unité de police ayant mené une enquête. M. Kassory affirme qu’il n’a pas participé à cet interrogatoire et qu’il n’est donc pas concerné. Le parquet a promis de transmettre une copie de cette pièce. »
De son côté, Me Sidiki Bérété, avocat de Kassory Fofana, a salué le déplacement de la Cour à l’hôpital : «Le fait que la Cour ait eu le courage et l’honnêteté professionnelle de se déplacer à l’hôpital a permis à Kassory de faire face à la justice. Son état de santé démontre qu’il ne pouvait pas comparaître auparavant.»
L’avocat a également dénoncé l’apparition de nouvelles pièces dans le dossier : « Au fil des débats, nous avons constaté que le parquet produisait des pièces qui n’avaient jamais été discutées auparavant, y compris le rapport d’audit. Le parquet a finalement reconnu qu’il semblait exister une divergence entre les documents détenus par les différentes parties. Le renvoi doit permettre un accès équitable à ces pièces afin que le contradictoire soit respecté. »
Me Sidiki Bérété a par ailleurs regretté la durée de la procédure : « Nous ne sommes plus dans un délai raisonnable. En appel, la loi prévoit un jugement dans un délai de trois mois. Or, plus d’un an s’est écoulé depuis la déclaration d’appel. »
Revenant sur l’état de santé de son client, il a insisté sur la nécessité d’une évacuation sanitaire : « Kassory est malade et doit être évacué pour recevoir des soins adaptés. Depuis sa mise en liberté provisoire, il est resté hospitalisé. On ne peut juger qu’un homme vivant. »
Il a également souligné l’insuffisance du plateau technique local : « Son rendez-vous médical aurait dû être renouvelé depuis 2021. Cela fait bientôt cinq ans. En Guinée, il n’existe pas de plateau technique permettant de le soigner correctement. »
«Le débat n’est pas terminé. La Cour devra fixer une nouvelle date pour la poursuite des audiences », a ajouté l’avocat, qui dénonce par ailleurs une procédure à caractère politique : «C’est une détention purement politique. Les 15 milliards de francs guinéens reprochés à Kassory : 13 milliards sont au Trésor public et les 2,8 milliards restants auraient été utilisés pour des opérations d’assainissement public. »
Pour sa part, le parquet spécial n’a fait aucune déclaration à l’issue de l’audience. « Pour le moment, absolument rien. Je souhaite que cela reste confidentiel », a indiqué le procureur spécial Alphonse Charles Wright.

