PolitiqueDr Ousmane Kaba: «le PADES n’exclut aucune alliance, mais il faut être patient»

Dr Ousmane Kaba: «le PADES n’exclut aucune alliance, mais il faut être patient»
Dr Ousmane Kaba, Ancien Ministre et Président du PADES
Dr Ousmane Kaba: «le PADES n’exclut aucune alliance, mais il faut être patient»

Ancien ministre sous Conté qui, en 2010, a fait fusion dans le RPG Arc-en-ciel avant d’être exclu, le président du Parti des démocrates pour l’espoir (PADES) revient, dans cette interview, sur sa récente tournée à l’intérieur du pays.

Dr Ousmane Kaba exprime également des doutes sur la volonté du gouvernement de tenir les élections communales le 4 février 2018. Par ailleurs, en parlant de la non-orientation des bacheliers cette année dans les universités privées, il accuse l’Etat guinéen de brimer le secteur privé. Le Pades n’exclut pas de faire alliance, mais, prévient son président, ce n’est pas le moment.

Guinee360.com: Vous avez effectué une tournée récemment en Haute
Guinée. Qu’est-ce qui vous a frappé le plus dans les différentes
localités traversées?

Dr Ousmane Kaba: D’abord, c’est dans le cadre du renforcement et de l’extension de notre nouveau parti que j’ai fait cette tournée en Haute Guinée. C’était une grande tournée puisque j’ai visité plus de 126 villages et villes. J’ai été auprès de cette population dans cette zone de la savane. Ce n’est qu’une première étape parce qu’il va falloir finir cela et s’attaquer aux autres régions du pays notamment, la Guinée Forestière, ensuite le Fouta et la Basse Guinée. Même si déjà les structures du Pades sont en train de s’étendre dans toute
l’étendue du territoire national. Mon constat est tout simple. C’est que la Guinée manque cruellement d’infrastructures et d’emplois jeunes. J’ai eu beaucoup des difficultés à atteindre certains villages. Les routes sont très mauvaises parfois, il n’y en a pratiquement pas. Les populations ont exprimé leurs besoins d’assistance notamment les infrastructures sanitaire et scolaire et routière ainsi que l’eau et l’électricité. Partout ça a été les mêmes
plaintes. La pauvreté et l’emploi de jeunes sont devenus vraiment une préoccupation nationale. La Guinée vit de l’agriculture, mais il n’y a pas de programme d’aides aux jeunes agriculteurs.

La Haute Guinée est considérée comme la chasse gardée du RPG Arc-en-ciel au pouvoir. Comment comptez-vous vous y prendre pour lui ravir la vedette?

Je ne suis pas très novice en politique puisque j’ai participé à la campagne électorale de 2010. Disons que la Haute Guinée est en train de changer radicalement. Le Pades ne va pas remplacer toute suite le RPG, mais nous aussi, nous sommes présents sur le terrain. Les braves populations font de raisonnement très simple en disant qu’on a accordé 2 mandats au professeur Alpha Condé et que bientôt ça va venir. Et que donc, il faudrait qu’il y ait d’autres qui prennent la place. Cela n’a rien à voir avec la performance du gouvernement. C’est simplement une question de logique et de temps. Et il faut aussi se rappeler de l’histoire politique de la Guinée. Depuis l’indépendance du pays, chaque président est parti pratiquement avec sa formation politique.

Le PDG-RDA a disparu après le président Ahmed Sékou Touré. Le PUP aussi s’est éclipsé avec le président Lansana Conté. Les gens estiment aussi que le RPG va disparaitre après le professeur Alpha Condé. C’est tout bête, mais c’est comme ça.

Les élections communales sont prévues au 4 février 2018. Comment comptez-vous les aborder?

Le Pades est un nouveau parti. Nous souhaitons appuyer nos représentants locaux quand ils expriment les besoins et la force de participer aux élections locales. Pour le moment, la date a été fixée le 4 février 2018. Espérons que cette fois-ci la date sera tenue. Tout simplement, si je prends l’histoire récente de la Guinée et les multiples dates qui ont été fixées sans être respectées. Nous espérons que le gouvernement mettra à la disposition de la Ceni les moyens financiers. Parce que même si la Ceni fixe une date, la décision n’est pas totale tant que le financement n’accompagne pas.

La Ceni a élaboré un chronogramme de 120 jours qui courent à partir du moment qu’elle disposera de la totalité du budget des élections qui se lèvent à plus de 300 milliards GNF.  Jusqu’à ce jour le gouvernement n’a pas débloqué le montant. Qu’est-ce que cela vous inspire?

C’est effectivement la crainte que j’exprimais. La Ceni ne dispose pas encore de la totalité du budget donc, je doute que les élections puissent se tenir à date. Généralement, le gouvernement ne fait rien pour les échéances électorales telles que prévues par la Constitution.

Il se dit qu’une alliance Pedn-Pades serait en perspective. Confirmez-vous?

Pas du tout. Je crois que c’est les désirs peut être de certains militants parce que j’entends tantôt l’alliance Pades-Pedn, tantôt Pades-Ufdg etc. il y en a même qui parle d’une éventuelle alliance entre Pades et le Rpg Arc-en-ciel. Les gens sont libres de spéculer comme ils veulent. Pour le moment, il n’y a pas d’alliance et il n’y a pas des négociations d’alliance non plus avec aucun parti pour une raison très simple: Pades est en train de s’établir sur le terrain. C’est un nouveau parti né en février 2017. Nous sommes en train de
conquérir le terrain et d’avoir des structures dans toute l’étendue du territoire national. Je n’exclus aucune alliance, mais tout simplement, il faut être patient ce n’est pas le moment.

Des manifestations violentes se produisent un peu partout dans le pays. Il y en a eu à Boké, à Kérouané, à Beyla etc. quelle analyse en faites-vous ?

Ces différentes manifestations sont dues à deux choses: des revendications qui concernent les infrastructures à la base notamment l’électricité, les routes etc. et aussi dans les zones minières les effets néfastes des exploitations minières. Si vous prenez le cas de Boké, on a mis des camions dans la ville qui produisent de la poussière qui rend la population malade. La nuisance est telle que c’est pratiquement insupportable. C’est la raison pour laquelle j’ai dit que le gouvernement guinéen accepte de faire des projets sans étude d’impact environnemental ou alors lorsqu’il y en a, les conclusions ne sont pas mises en œuvre. Pour le cas de Boké, ce n’est que quand les populations se sont soulevées qu’on a commencé de parler de la contournante pour que les camions ne traversent pas la ville. On ne peut pas exploiter les mines à ciel ouvert sans tenir compte des résultats des études d’impact environnemental. C’est-à-dire, réduire les nuisances pour les populations et créer des opportunités pour que les jeunes puissent travailler.

Ce sont des revendications qui ne sont pas facile à satisfaire. Ce qui fait que certains redoutent une généralisation des violences dans le pays dans un futur proche. Surtout quand on sait que les élections communales et les législatives prévues en 2018 rien ne garantit leur tenue à date.

Les violences ne sont pas à encourager. Je pense que tous les partis politiques doivent lutter pour qu’il y ait les moindres violences dans le pays. Ceci dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si le gouvernement fait des politiques qui amènent trop de frustration au sein des populations, il est tout à fait possible qu’il y ait des violences. Mais nous tous, acteurs politiques, devons travailler ensemble pour qu’il y ait un maximum de dialogue et moins de violence dans toute l’étendue du territoire national parce que  personne n’a à gagner dans la violence.

La Guinée est élue dans le top 5 des pays performants par le groupe de la Banque mondiale à travers son ‘‘Forum sur la compétitivité des investissements 2017’’. Qu’en dites-vous?

Je n’ai pas vu réellement les indicateurs de la Banque mondiale qui ont amené à ces résultats. Mais ce que je peux vous dire que la politique actuelle de la Guinée n’est pas du tout satisfaisante. Actuellement, le gouvernement a une politique contre le secteur privé.
Les Pme guinéennes sont brimées. On fait beaucoup d’effets d’annonces pour attirer les investisseurs étrangers. Je puis vous affirmer qu’il n’y a pas d’investisseurs étrangers en Guinée. Ceux qui existent sont uniquement dans le secteur minier. Quel que soit la politique intérieure, les multinationales qui ont besoin des mines viendront les chercher. Donc, c’est un peu déconnecter de la réalité économique du pays. Lorsqu’on parle de croissance économique, d’entreprises, moi, en tant qu’économiste, je pense d’abord aux Pme. Ce ne sont pas les compagnies étrangères dans les domaines miniers qui vont faire le
développement économique d’un pays. Cela amène à ce qu’on appelle des enclaves minières et ce pays en a connu depuis très longtemps. Depuis les années 1960, on a eu des compagnies minières qui sont venues exploiter la bauxite, mais est-ce que, pour autant, cela a amené le développement économique du pays ? Ma réponse est non.

Vous disiez tantôt que les Pme sont brimées en Guinée. Cette année l’Etat n’a pas orienté des boursiers dans les universités privées. Alors comment faites-vous pour combler le déficit ?

D’abord, il faut savoir que l’Etat guinéen de par sa politique a pris en otage les universités privées. Ce n’est pas l’inverse puisque c’est l’Etat guinéen qui postule chaque année depuis 2006 que tous les bacheliers du pays sont boursiers. Dès lors que cette hypothèse est une réalité ça veut dire qu’il n’y a pas de marché libre pour les universités privées. Dans certains pays, l’Etat donne des bourses à 50% des étudiants les plus méritants et les autres 50% deviennent de marché libre pour les universités privées. Ensuite, il faut savoir que c’est par manque d’infrastructures dans les universités publiques que l’Etat a décidé d’associer les universités privées. Malheureusement, cela a eu des effets pervers puisque tout le monde s’est jeté dans l’histoire des universités privées. Et je précise avec la complicité de l’Etat qui autorise la multitude d’universités privées dans le pays dont plusieurs n’ont pas les infrastructures, ni l’encadrement adéquats. Et en plus, l’Etat ne s’intéresse même pas à l’aspect pédagogique ce qui est déplorable. Le ministère de l’Enseignement supérieur est devenu le ministère des Finances qui ne s’occupe qu’au
montant des bourses qu’au lieu de s’occuper du problème pédagogique et d’encadrement dans les universités. C’est l’Etat qui est responsable de toute cette pagaille. Les différents étudiants n’ont pas de place dans ces universités et la mauvaise qualité d’enseignement qui y existe déjà dans le public va encore se dégrader un peu plus. Dans tous les autres pays, on encourage plutôt le secteur de l’enseignement supérieur privé que ce soit au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sénégal.

Tenez-vous bien, cette année en Côte d’Ivoire, on a orienté 82 mille bacheliers dont 25% dans le public. Les 75% de 82 mille ont été orientés dans le privé. Cette décision du gouvernement guinéen va amener un enseignement à 3 vitesses. Le premier groupe des bacheliers ce sont les enfants des dirigeants de la Guinée. Eux, ils vont toujours dans les universités privées des autres pays. Tous les directeurs et ministres envoient leurs enfants dans les universités du Sénégal, du Maroc, de la France, des Etats unis. Le deuxième groupe ce sont les enfants de ceux qui ont de moyens. Ceux-ci ne vont pas accepter l’orientation dans les universités publiques. Ils envoient donc leurs enfants dans les universités privées guinéennes. Le troisième groupe malheureusement, le grand nombre ce sont les étudiants dont les parents n’ont pas les moyens et qui vont s’engouffrer dans les universités publiques et vont bénéficier d’une éducation de mauvaise qualité à cause du sureffectif. Aujourd’hui, toutes universités privées se battent pour attirer des étudiants. Je
pense que les meilleurs vont survivre.

De toute façon, en ce qui concerne Koffi Annan qui est la toute première université privée en Guinée créée en 1999 alors que les bourses n’ont commencé qu’en 2006. Entre 1999 et 2006, Koffi Annan a pu réaliser beaucoup d’investissements physiques et donc, on peut survivre sans les boursiers de l’Etat.

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