
El hadj Mamadou Saliou Camara, Grand Imam de Conakry et co-président du Comité de réflexion sur la Réconciliation nationale
« Insulter le prophète de l’islam est un crime contre l’humanité »
Dans cette interview, le premier imam de la grande mosquée de Conakry et co-président du comité provisoire pour la réconciliation nationale parle de leurs activités dans le comité, de la place des femmes dans le processus de réconciliation, de l’implication de l’Etat, du virus Ebola et de la problématique de Charlie Hebdo.
En tant que co-président du comité de réflexion sur la Réconciliation nationale, qu’avez fait depuis votre désignation par le chef de l’Etat ?
El hadj Mamadou Saliou Camara : Nous travaillons tous les jours pour réconcilier les guinéens de tous les bords. Allez-y dans les mosquées ou dans les églises. Nous ne parlons que de cela. Dire aux gens de se pardonner et de s’accepter, d’arrêter la violence à tous les niveaux, constitue à dire aux gens de se réconcilier.
Il ya des femmes qui déplorent le fait qu’elles ne sont pas représentées dans ce comité provisoire. Votre analyse la –dessus ?
La participation des femmes dans le processus de dialogue et de réconciliation nationale permet de mieux comprendre les causes des conflits. Cela nous amène aussi à saisir les alternatives possibles. Elle renforce également les réponses aux besoins divers des populations et contribue au maintien durable de la paix. Même dans notre religion, les femmes ont contribué à une prise de conscience ainsi qu’au développement des nations. Les femmes ont joué un rôle majeur dans la religion, elles peuvent aussi le faire pour notre nation. Mon message s’adresse aux femmes en général et celles de la Guinée en particulier. Les femmes ont un grand rôle dans le processus de Réconciliation. Premièrement, les femmes doivent toujours parler dans l’oreille des hommes pour qu’ils évitent tout acte de violence. Si toutes les femmes sensibilisaient leur époux et enfants, nous les hommes nous comprenons mieux que quiconque. Le fait qu’elles ne sont pas dans le comité provisoire ne veut pas dire qu’elles ne sont prises au sérieux.
Pensez vous que les hommes écoutent réellement les femmes ?
Oui, moi je pense que les hommes sont souvent à l’écoute des bons conseils de leurs femmes. Si vous prenez 100 hommes, vous verrez que les 80% de ces hommes comprennent les conseils des femmes. Donc, le premier rôle des femmes consiste à sensibiliser dans les foyers, les quartiers, les villes et autres. La violence n’a jamais construit un pays. Deuxièmement, Les femmes doivent être dans toutes les structures ayant trait à la réconciliation et au dialogue. Si des commissions nationales, préfectorales, sous préfectorales ou les districts sont installées sans les femmes, nous pensons que cela serait une faute et n’aboutira qu’à l’échec. Les femmes ont beaucoup plus de souci pour la paix que nous les hommes.
70%, n’est ce pas un pourcentage très ambitieux pour la participation des femmes dans ce processus ?
Oui, mais je pense qu’elles méritent cela parce qu’elles prônent la paix contrairement aux hommes. Les hommes sont à la base des violences. Très rarement, une femme appelle à la violence. La femme n’aime pas le conflit bien avant qu’il n’éclate. Et si ce conflit éclate, elle est la première anxieuse, tant que le conflit est en cours. En guise d’exemple. Tu es Condé, je suis Camara. Tout enfant que tu mettras au monde portera le nom de famille Condé. Moi aussi, c’est la même chose. Tous mes enfants sont Camara. Cependant, ta fille peut mettre au monde un enfant Millimono, Diallo, Soumah, Gomez ou Camara. Si mon fils épouse ta fille, l’enfant qu’ils auront sera Camara et non Condé. C’est pour te dire combien les femmes sont indispensables dans les structures qui parlent de paix, de dialogue ou de Réconciliation. L’autre nuit, je regardais la télé, j’ai vu un groupe de femme qui parlait de dialogue. Quant j’ai apprécié, entre temps, j’ai vu une femme blanche aussi qui a parlé et on m’a dit que c’est son pays qui donne de l’argent pour faire des choses dans le sens de la paix en Guinée. Je me suis dit c’est bon et j’ai posé la question et la part de l’Etat ? Personne ne m’a répondu. J’ai compris que l’Etat n’a pas donné sa part.
Le monde avait les yeux braqués par l’assassinat de certains de nos confrères du journal satirique français Charlie Hebdo et la cause de cet assassinat est la caricature du prophète Mahomet (PSL). Votre analyse de la situation ?
Je n’ai jamais me prononcer sur ce sujet de façon isolée et de surcroit avec un journaliste. Quand nous avons appris que le journal là devrait être distribué en Guinée, nous avons tout de suite fait une déclaration. Le conseil musulman de Guinée a attiré l’attention des politiques en leur disant le danger que cela pourrait avoir dans un pays à 98% musulmans. Insulter le prophète de l’islam est un crime contre l’humanité. Si le journal s’était arrêter à la seule insulte, on pouvait comprendre. Mais avec l’appui du gouvernement français, ils se sont mis à rééditer la chose en des milliers d’exemplaires, comme pour dire, on a bien fait et il fallait s’y attendre à la réaction du monde musulman.
Que direz-vous des présidents africains qui ont marché à coté du président Hollande pour soutenir la France ?
Non, parlons de ce que nous avons commencé, c’est-à-dire le sujet de réconciliation nationale. Je ne suis pas là pour juger un président dans ses actes
Pensez-vous que l’Etat s’implique fortement pour la Réconciliation nationale ?
Je pense plutôt que quand on te lave le dos, lave-toi le ventre. Que l’Etat donne des fonds aux femmes pour qu’elles chantent la paix et non la politique des politiciens qui nous divise. Si c’est la paix, on refuse d’aider les femmes et si c’est la campagne électorale, on commande des habits pour elles. Mon frère, le jour qu’il ya trouble par leur faute, ils mettent leur familles dans des vols spéciaux en direction des pays qui financent maintenant la paix chez nous. J’ai peur pour mon pays. Troisièmement, j’invite les femmes de Guinée à respecter la femme à travers elles mêmes. Si une femme ne s’habille pas correctement, elle ne peut être écoutée par des gens. Que nos filles ne servent pas à animer les boites de nuit, qu’elles ne soient pas des moteurs à alimenter les folles ambiances bizarres et contrairement à leur religion. Si les femmes ne veuillent pas sur leurs comportements, c’est son enfant ou ses enfants qui perdront d’ici bas et ailleurs »
Un mot sur le virus Ebola ?
Nous remercions le bon Dieu d’avoir épargner toute la population guinéenne de cette épidémie. Au temps du Pharaon, le bon Dieu a envoyé une maladie qui n’a épargné aucune personne dans le pays de Pharaon. En Guinée, il ya des régions qui ne sont pas touchées par la maladie. C’est là qu’il faut remercier Allah. Je demande à tous les guinéens de croire à l’existence de la maladie appelée Ebola. Qu’on arrête d’être hostile à la sensibilisation. La maladie est vraie et vérifiable. Prions Dieu qu’il nous aide à mettre hors de la frontière de tous ses croyants cette maladie.
Propos recueillis par Aly Badara Conde pour Guinee360
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