
Les membres de l’URTELGUI (union des radios et télévisions libres de Guinée) se sont réunis lundi 27 novembre pour réagir à la menace de fermeture des médias privés par le président Alpha Condé. Au sortir de cette réunion, il a été décidé par la majorité d’organiser une synergie des radios privées de Guinée et de procéder à un arrêt simultané des programmes pendant 24 heures. Une démarche critiquée par les journalistes de ces médias.
A sa sortie médiatique samedi 25 novembre, le président Alpha Condé a menacé de fermer toute radio qui diffuserait un communiqué de Aboubacar Soumah, membre du SLECG. La Radio BTA Fm de Labé et la RTV Gangan ont été les premières victimes de cette décision du président Condé. Les responsables de l’URTELGUI ont alors décidé de faire une synergie des radios privées ce mardi 28 novembre pour parler de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en Guinée en guise de réaction à cette menace.
Pour Ousmane Tounkara, journaliste à la radio Espace Foutah, cette synergie n’est qu’une façade et prouve que les patrons des médias en Guinée manquent de responsabilité : « Cette synergie est une façade pour endormir les foules après que tous aient eu peur. L’URTELGUI aurait pu prendre la décision d’agir en synergie dès le lendemain de la menace présidentielle mais elle donne raison à ses détracteurs et confirme que les patrons des médias sont des hypocrites. »
Diawo Barry, journaliste au Groupe Lynx-Lance trouve illégale la décision du président Alpha Condé : « Il s’est comporté à la fois en législateur, juge et régulateur des médias. Le Chef d’Etat tire sa force de la loi qu’il a violée allègrement. »
Une synergie des radios ne suffit pas pour réagir face à cette menace du président guinéen, estime Diawo Barry : « Une synergie des radios n’est pas la riposte appropriée face à une telle menace. Les journalistes devraient tout simplement ignorer l’injonction du président et faire leur travail comme si de rien n’était dans le strict respect de la loi. Ne pas accorder la parole à tel ou tel juste pour le plaisir de défier le président Condé mais parce que les règles de leur profession, le devoir d’informer et celui d’équilibrer l’information l’exige. »
Ce journaliste pense que cette démarche de l’URTELGUI donne une latitude au président Alpha Condé de réaliser son ambition de bâillonner la presse : « En faisant profil bas, les patrons de médias à travers les associations de presse donnent feu vert aux autorités de nous marcher dessus. C’est un mauvais précédent surtout en cette période d’incertitude sur les ambitions d’Alpha Condé pour un troisième mandat. »
Ousmane Tounkara soutient que le président Alpha Condé est dans une posture de faire disparaitre les forces vives de la nation dont la presse: « Alpha Condé est fidèle à lui-même et se tire dans le pied car la presse est l’ultime verni qui cache ses desseins révisionnistes. Pour moi après l’opposition, la société civile, les syndicalistes, le tour est à la presse, qui a manqué son rendez-vous avec l’histoire. »
Pour Boubacar Yacine Diallo, les prédateurs de la presse se trompent : « Nous disons à ceux qui pensent nous réduire au silence, que c’est une erreur. La presse ne mérite pas ce traitement. »
Quant à Sanou Kerfalla Cissé, président de l’URTERLGUI, cette synergie ne vise pas à faire fléchir le pouvoir : « Nous ne cherchons pas à faire fléchir le pouvoir. Nous sommes en train d’imposer de la presse, la liberté d’expression. Ce n’est pas quelque chose qu’on nous a donnée. Nous nous sommes battus plus d’une vingtaine d’années pour instaurer cette liberté de presse dans ce pays. L’assemblée a donc décidé de faire cette synergie aujourd’hui pour non seulement, expliquer à la population, c’est quoi le journaliste, c’est quoi le journalisme, et quelles sont les limites et devoirs des journalistes. »
Après la synergie, toutes les radios privées sont en off depuis midi et cela jusqu’à demain mercredi à midi. A travers leurs écrits sur les réseaux sociaux, l’on constate que les journalistes sont déçus des responsables de l’URTELGUI et de certains patrons de presse. Le moment n’est pas à la capitulation mais à la vigilance et à la résistance face à toute tentative de musellement de la presse, conseille Diawo Barry.
Toulaye DIALLO et Dansa CAMARA DC


Les journalistes Guinéens doivent savoir qu’il y a une limite à ce qu’ils ont droit à publier.
« Néanmoins, depuis toujours, la question se pose de ses modalités d’exercice. Certains soutiennent qu’elle est sans limites. Mais la ligne de partage entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas a toujours été contestée. Plus que les autres, ce droit dépend du contexte, et sa définition est en grande partie laissée à la libre appréciation des Etats. Selon le droit international, la liberté d’expression n’est pas absolue et peut être soumise à certaines restrictions afin de « protéger les droits ou la réputation d’autrui », et de sauvegarder « la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la moralité publiques », à condition que cela soit « “nécessaire dans une société démocratique” et expressément fixé par la loi » (2). Cette formule figure à la fois dans l’article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par les Nations unies en 1966 et dans la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950 (ou Convention européenne des droits de l’homme). C’est sur ces bases qu’ont été élaborées les lois sur la diffamation, la sécurité nationale et le blasphème. La formulation reste suffisamment vague pour laisser les Etats libres de décider comment ils devront limiter la liberté d’expression dans les buts fixés, etc.
Vraiment ça été une synergie ramassée