ActualitéChronique: Mariée de force à 13 ans, ma vie a basculé… Par Adama Hawa Sow

Chronique: Mariée de force à 13 ans, ma vie a basculé… Par Adama Hawa Sow
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Chronique: Mariée de force à 13 ans, ma vie a basculé… Par Adama Hawa Sow

Le mariage marque notre engagement à vivre à deux avec l’être aimé. C’est un projet de vie qui ne devait concerner normalement que les deux personnes censées s’unir. De nos jours, les parents décident souvent à notre place sans se soucier de l’effet que cela aura sur nos vies.

Un mariage fondé sur la base de l’amour peut supporter n’importe quelle pression extérieure et survivre aux aléas de la vie, mais celui basé sur le matériel et le forcing se brise infailliblement.

Toutes petites déjà, les filles sont éduquées pour devenir des épouses et des mères. La réussite de la femme est souvent jugée à l’aune de celles de son mariage et de ses enfants.

Qu’est-ce qui poussent les parents à donner leurs enfants en mariage à bas-âge?

Il suffit parfois de faire miroiter aux parents l’illusion monétaire, l’appât du gain les pousse à « vendre » leurs enfants. C’est le cas de mes parents

A cet âge, j’étais immature, insouciante et très naïve, mais pleine de vie et de rêves.

J’avais la tête qui fourmillait de projets. Je voulais, à l’image des autres enfants de mon âge, profiter de mon adolescence.

Je me voyais un jour faire de hautes études de médecine et fonder une famille avec un homme de mon choix.

Eh oui ! Comme tout(e) adolescent(e), je rêvais mais c’était sans compter l’injustice de la société au sein de laquelle je vis. La société peule a des attentes différentes envers les hommes et les femmes. On n’a pas les mêmes droits et chances que les garçons.

Pour mes parents, je n’étais plus une enfant. Il fallait que je sois mariée avec un homme qui a le triple de mon âge, un homme qui vit de l’autre côté de la rive et qui pourra subvenir aux besoins de la famille. Le côté financier comptait plus que mon bonheur.

Comme à l’accoutumée, à l’aurore, maman me réveillait pour faire mes prières. Je me dirigeai vers les latrines pour me nettoyer les dents avec un bâton en bois « malanga » qui fait office de brosse à dent. Il faisait froid et humide ce matin.

A mesure que le temps passe, la température commençait à s’adoucir, je sentais cette bonne chaleur du soleil sur ma peau et ceci me faisait un bien fou mais c’était ignorer que mon destin est déjà scellé avec un inconnu sans qu’on ne m’avise.

Couché sur son hamac, papa me faisait part de sa décision qui est prise selon lui après mûre réflexion et tout ça pour éviter que je ne finisse « vieille fille ».

Ces mots sonnaient comme un coup de tonnerre. Je bouchais mes oreilles, j’étais abasourdie. Je hurlais très fort. Pour une fois dans ma vie, je haussais le ton sur mes parents mais cela n’a fait qu’empirer ma situation. C’était décidé de gré ou de force, je vais rejoindre ce foyer.

A cet instant précis, je compris que mon sort est scellé, je m’enfermais dans ma bulle. L’idée d’une fugue me venait en tête mais où devais-je aller ? Que serais-je après ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ne m’a-t-on pas donné l’occasion de choisir mon époux et de réaliser mes rêves ?

Tous les sentiments étaient mêlés en moi : la haine, la peur, la tristesse et l’incompréhension la plus totale

Psychologiquement, je n’étais pas préparé à affronter le mariage. Je passais mon temps à prier pour qu’un miracle se produise pour me sortir de ce pétrin. Hélas, ces prières ne seront pas entendues.

J’étais encore trop jeune et je ne connaissais rien au monde des adultes dans lequel j’allais plonger dans les heures qui suivent

J’étais pétrifiée, j’avais l’impression que la terre se dérobait sous mes pieds et que le monde entier s’était réuni pour comploter contre moi. Je croyais que mon cœur allait sortir de ma poitrine.

A 14 ans, je me retrouve mère d’une petite fille née après une césarienne. Je vis sous le toit d’un homme qui n’a pas la même vision des choses que moi, qui n’est jamais présent. Ma fille grandira sans jamais connaître ce qu’est l’amour paternel.

J’en veux encore à mes parents, à mon entourage pour cette trahison. Mais je ne pourrais jamais revenir en arrière. Une chose est certaine, je me battrai pour que ma fille n’ait pas à subir la même chose.

Par Adama Hawa Sow

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Vos réactions (1)

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    C’est vraiment inconcevable,quelle satanique ? Il apparaît clairement que la famille de la victime n’a pas su être intelligente,faute de quoi la situation s’explique tragiquement. Je pense que la sensibilisation doit continuer sans cesse pour lutter contre ce acte inhumain. La lutte contre certaines traditions dépassées comme celles-ci est nécessaire.

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