
Acteur de la vie politique guinéenne, le président du parti Force des intègres pour la démocratie et la liberté (Fidel), Mohamed Lamine Kaba est plus que jamais déçu de la Cour constitutionnelle qui vient de rendre son arrêt sur le Code électoral soumis à sa lecture. Il le dit dans une entrevue exclusive accordée à votre quotidien électronique Guinee360.
Aussi, l’ancien directeur de campagne du Rpg au Sénégal, en Gambie, au Cap vert et en Mauritanie doute de la capacité de son ancien patron qui manifeste le désir de conduire la médiation dans la crise qui sévit actuellement au Moyen-Orient, même s’il souhaite plein succès à Alpha Condé dans cette démarche. Et, refuse formellement de croire en la tenue des élections locales qui se font attendre depuis bien des ans.
Entrevue !
La Cour constitutionnelle vient de rendre l’arrêt sur le Code électoral décrié. Votre avis là-dessus ?
J’estime que cet arrêt de la Cour constitutionnelle est digne d’une déclaration politique. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on pouvait s’attendre de cette institution. Non seulement par la forme, mais aussi par le fond. La forme, lorsque vous lisez les textes, vous avez des problèmes même de compréhension. Non pas parce que les gens n’ont pas un niveau requis dans le domaine du droit. Mais ce qu’il faut reconnaitre, cette Cour constitutionnelle a pour référence la Constitution. Lorsque vous prenez la Constitution, il suffit juste de lire. Vous n’avez pas besoin de poser la question à qui que ce soit, parce que les choses sont claires. Mais quand vous lisez l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle, vous ne comprenez rien dedans. Et finalement, tout ce que vous pouvez comprendre, c’est la contradiction. Là où on peut dire par exemple que cet article proposé est contraire à la Constitution, ainsi que plusieurs autres énoncés par cette Cour mais vers la fin, qu’on peut valider. C’est-à-dire que le texte peut passer à la promulgation. Je ne peux pas comprendre que lorsqu’on dit qu’un article est contraire à la Constitution, et qu’on dise qu’on peut promulguer ce même texte. Donc, c’est finalement tant sur la forme que le fond qu’on se rend à l’évidence que leur souci est de satisfaire le président Alpha Condé qui souhaite que ce texte-là passe. Mais aussi le point nodal, je veux parler du point 2 de l’Accord qui a fait l’objet d’assez de polémiques, nulle part on ne parle de cela. Cela a été omis. Donc, ce qui prouve à suffisance que leur souci n’est pas de répondre aux préoccupations sociétales. Ce n’est pas de répondre aux requêtes qui ont été formulées. Parce que tout simplement ils roulent pour l’Exécutif. Et nous considérons cet arrêt comme une honte. Nous le considérons comme une déclaration politique qui n’a rien à voir avec des requêtes qui ont été posées à cette Cour.
Est-ce que personnellement vous croyez en la tenue des échéances locales courant cette année ?
Je ne pense pas. Car, le président Alpha Condé n’a aucune volonté depuis très longtemps. Figurez-vous, la loi prévoit qu’on organise ces élections 6 mois après l’investiture du président de la République en 2010. Nous sommes maintenant à la 7e année de son avènement au pouvoir. Ce qui justifie tout simplement qu’il a peur d’organiser ces élections. Et aujourd’hui, vous savez qu’il a des velléités. Et surtout, il veut toujours se servir de ces délégations spéciales pour tricher ces élections que ce soient législatives, référendaires ou présidentielles. Il sait que ces délégués ne doivent qu’à lui. C’est lui qui les a nommés. Du coup, vu que la Ceni n’a pas de bureaux à l’intérieur du pays et même partout. Donc, ce sont ces structures-là, ces délégations spéciales-là qui vont permettre d’organiser des fraudes en vue de l’aider à gagner ces élections.
Qu’est-ce que ça vous le fait que le président Alpha Condé ait émis le souhait de se voir confier la médiation dans la crise entre le Qatar et l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient ?
Je crois que le président Alpha Condé a été animé par son désir insatiable de vouloir s’intéresser à la crise qui mine ces deux pays. Il se trouve qu’il n’a pas assez d’aura pour pouvoir trouver une solution à cette crise. Parce que pour pouvoir le faire, il faut avoir de l’ampleur. Mais il se dit qu’il a été désigné président de l’Union africaine. A coup sûr, cela lui donne un statut qui lui permet de s’intéresser à ce dossier. Tant mieux ! Mais ce qu’il faut retenir est qu’il a réussi quand même un coup médiatique, parce qu’on aura parlé de la Guinée. Qu’il parvienne à trouver une solution à la crise ou pas, ce qui est sûr, c’est la Guinée qui sera relancée diplomatiquement. Je pense que même si on n’a pas d’emblée l’espoir, il faut quand même lui souhaiter bonne chance, parce que cela permettra à la Guinée d’avoir son nom dans le milieu, dans le monde entier. C’est un coup diplomatique. Mais je ne suis pas sûr que le président Alpha Condé que nous connaissons puisse trouver une solution à cette crise. Son aura ne le lui permet pas. Pour le réussir, il faut avoir un background. Alpha Condé, malheureusement, n’en a pas. Il faut avoir une certaine dimension telle que celle qu’avait le président feu Ahmed Sékou Touré auquel il s’identifie d’ailleurs quand il dit qu’il prend la Guinée là où ce dernier l’a laissée. Mais il se trouve qu’il n’a pas la hauteur de l’homme.
Ce désir est manifesté par Alpha Condé au moment où vos pairs de l’opposition menacent de renouer avec leur cycle de manifestations de rue au lendemain du ramadan. Le parti Fidel prendra-t-il part à ces mouvements ?
On ne pourra pas prendre part à ces manifestations, parce que ce qui est clair, ces manifestations ont pour objectif de continuer le combat qu’ils ont mené tout récemment à l’Assemblée nationale. C’est-à-dire, l’Accord politique qu’il y a eu, en son point 2 qui a été un point de discorde. C’est la même lutte qui continue. Et nous qui n’étions pas associés à cela, on ne peut pas s’intéresser à ces mouvements en vue. Donc, nous ne sommes pas partants de ces manifestations, parce que tout simplement, c’est la suite d’un combat qui a été engagé à notre insu par l’Ufdg et le Rpg Arc-en-ciel. Et nous, nous ne nous retrouvons pas dans cette démarche. Mais ce qu’il convient de reconnaitre en réalité, je ne crois pas en ceux qui disent là qu’ils vont manifester. Ils veulent juste faire comprendre aux gens qu’ils sont toujours de l’opposition radicale. Mais en réalité, on ne peut pas encaisser 5 milliards de GNF par an et se mettre sur les capots de véhicules pour manifester contre le « généreux » donateur qui se trouve être le président Alpha Condé. Je pense donc que ça ne tient pas. Vous vous rappelez tout récemment et on n’en parle même plus, cette prétendue ouverture d’un projet de destitution du président Alpha Condé. Pourquoi ils n’en parlent plus maintenant ? C’était juste un moment où il fallait une diversion, parce que les gens disaient que Cellou Dalein Diallo était maintenant avec Alpha Condé. Donc, il fallait absolument faire une diversion pour faire croire aux gens que non, ils sont toujours de l’opposition. Voilà un peu ce dont il s’agit. Et c’est dans la même démarche que cette annonce que s’inscrit cette annonce de reprise des manifestations de rue.
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