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Guinée: Migration, de plus en plus de jeunes mineurs Guinéens seuls au Maroc

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Migration – A partir de fin 2014, les associations d’aide aux migrants ont soudain vu débarquer un grand nombre de jeunes mineurs guinéens au Maroc. Une étude rendue publique le 19 septembre 2016 cherche à comprendre ce phénomène nouveau.

« Les ingrédients sont là : l’envie de partir, de faire des choses, de se développer, la stigmatisation de l’Afrique, l’idéalisation de l’Europe… Et un ami qui quitte la Guinée, arrive en Europe et vous envoie des photos fantastiques par Facebook… Deux autres adolescents décident alors de partir à l’aventure. L’un parvient en Europe et l’autre pas, mais bon, quand même, ‘chacun à sa chance’, alors les autres essaient à leur tour », résume Antonia Carrión López, co-auteur de l’étude « Mineurs non accompagnés en recherche d’avenir », rendue publique lundi 19 septembre 2016. Elle raconte l’arrivée soudaine de jeunes immigrants guinéens (Guinée Conakry) au Maroc fin 2014. Le phénomène est tel qu’il a interpellé les associations d’aide aux migrants, Médecins du monde Belgique à Oujda et Caritas Maroc à Rabat, qui ont commandité le rapport.

A partir du deuxième semestre de 2014, Caritas a commencé à accueillir de plus en plus de jeunes Guinéens, si bien qu’ils constituaient en 2015 79 % des mineurs accueillis dans le centre d’accueil de Rabat. « Aujourd’hui, ils constituent toujours la nationalité la plus représentée parmi les mineurs, alors que ce n’était pas du tout le cas avant », confirme Fanny Curet, responsable adjointe du programme migrant de l’action sociale de l’Eglise catholique, Caritas, au Maroc.

Pourquoi ont-ils été si nombreux à quitter, si jeunes, la Guinée en 2014 et 2015 ? « On s’est demandé au départ s’il s’était passé quelque chose en Guinée qui expliquerait ces départs. On a pensé à Ebola, mais non. Il s’agit plutôt d’une ‘mode’, d’un effet d’entraînement soudain, parce que tous les ingrédients de l’émigration sont là et que les réseaux sociaux l’encouragent davantage », explique Antonia Carrión López.

Une aventure entamée dans le plus grand secret

Pour comprendre ce phénomène, les auteurs de l’étude sont allés jusqu’en Guinée Conakry à la rencontre des familles. « L’hypothèse répandue qui lie le voyage des enfants à un projet familial et communautaire plus ample, où l’ensemble de la communauté investit pour envoyer celui qui a le plus de chances de réussir, doit être nuancée. Peut-être que les adultes le souhaiteraient, mais pour les enfants, se cacher est la manière de pouvoir entamer ‘leur aventure’ sans que les adultes responsables les en empêchent », estiment les auteurs de l’étude.

« Votre visite arrive au bon moment. On est confronté à un problème très récent, qui est un grand drame. Les enfants ne font que se cacher et partir. C’est ancré, ils partent sans dire au revoir. Ils disparaissent jusqu’à ce qu’ils disent ‘je suis en Lybie, en Algérie, au Maroc, au Mali’… », s’inquiète un Guinéen rencontré dans son pays dans le cadre de l’enquête. Les départs de mineurs touchent particulièrement la région de Mamou, au centre-ouest.

Une mère raconte d’ailleurs une histoire édifiante. « Mon propre garçon, il a pris la moto, il est parti avec un compagnon. Je savais qu’il voulait partir depuis quelque temps, et je lui ai retiré la moto, je lui ai dit qu’on allait l’envoyer étudier par la voie légale et après je lui ai rendu la moto…. Un jour, j’ai constaté qu’il n’était pas là et j’ai commencé à le chercher, à appeler ses amis, – ‘écoute, est-ce que tu as vu mon fils ?’-… Finalement, j’ai appelé son ami le plus proche et j’ai découvert qu’il était avec lui ! Ils sont allés jusqu’à Siguiri (nord-est de la Guinée, ndlr)… Même avant qu’on ne puisse l’envoyer par voie légale ! Ils sont partis avec l’argent que le père leur avait donné. Je n’ai pas dormi, je n’ai pas fermé un œil jusqu’à ce qu’il soit revenu avec la moto. Je lui ai dit : ‘tu vas étudier le bac, sinon tu n’iras nulle part. Je ne suis pas comme les autres mères, je vais aller te chercher jusqu’au Maroc si c’est nécessaire’. Désormais, j’ai honoré mon engagement et je l’ai envoyé étudier à Conakry », raconte ainsi cette mère aux auteurs de l’étude.

Ces adolescents s’imaginent être des aventuriers partis chercher un avenir meilleur, un travail, des études, quand d’autres, au même âge, partent pour devenir footballeur, femme de ménage ou fuient une situation familiale ou nationale devenue violente et insupportable. Souvent privés d’un ou de leurs deux parents, ils choisissent de partir pour tenter leur chance en Europe.

Nous avions rencontré Sidibé à Ceuta en juillet 2015. Il avait affirmé avoir 18 ans, avant d’en avouer 17. « J’ai dit que j’étais majeur pour pouvoir partir, mineur j’aurais dû rester ici (des centres dédiés accueillent les mineurs à Sebta jusqu’à leur majorité avant de leur donner un permis de séjour ou de les renvoyer dans leur famille, ndlr) », ajoute-t-il dans un sourire. « J’ai quitté la Guinée le 5 juin 2014, contre l’avis de ma famille. Depuis la mort de mon père, nous sommes pauvres. Mon grand frère a fait des études, mais aujourd’hui, il ne travaille pas. J’ai décidé de partir à cause de ça. Il n’y a rien à faire. J’ai étudié jusqu’en 10e année, l’année du brevet, le BEC. Au moment où je suis parti, il y avait aussi Ebola en Guinée », nous avait-il raconté.

Un départ influencé par l’effet de groupe

L’étude sur les migrants mineurs non-accompagnés soulève également un paradoxe : si ces jeunes Guinéens ne partent pas dans le cadre d’un projet familial volontaire, leur départ est tout de même contraint par des normes sociales et collectives. « Tous nos amis sont partis aussi, c’est ça qui nous pousse à y aller. Ici il n’y a pas de travail, si tu termines tes études tu n’auras pas de travail…. », témoigne un jeune Guinéen. « Tu es un homme quand tu arrives en Europe, tu vas avoir de l’argent et tu commences à te réaliser », confie un autre. « Ici, si tu n’as rien, on ne te considère pas ».

« La pression sociale et familiale exercée sur les jeunes pour qu’ils atteignent le succès économique en leur désignant notamment l’exemple d’autres personnes qui ont réussi à la suite de leur émigration est un élément déterminant qui poussent les mineurs à partir. Ils y répondent par un désir de grandir et de devenir ‘des hommes’, comme cela est exigé par la coutume », analyse l’étude.

Poussés par les attentes de leur société, contre l’avis de leur parents, et jaloux de leurs amis parvenus en Europe qui affichent leur réussite sur Facebook, ces adolescents entament un voyage long et difficile qui peut s’étaler jusqu’à huit mois environ pour atteindre la porte de l’Europe. Parce qu’ils sont mineurs, ils sont en moyenne plus vulnérables encore que les autres.

Un rapport dominé-dominant

Ils trouvent donc soutien auprès des autres migrants qui font la même route, en particulier s’ils sont aussi de la même nationalité. « Cependant, ces liens sont aussi conditionnés par les relations de pouvoir et de subordination qui s’établissent entre adultes et mineur-e-s et entre hommes et femmes. Etre adulte est lié au pouvoir, alors qu’être petit est lié à l’obéissance au ‘grand frère’ », précise encore l’étude. Etre protégé, c’est aussi obéir quel que soit l’ordre, même s’il est abusif. L’un des mineurs rencontré dans le cadre de l’étude raconte : « Ils disent ‘yey, le petit ne respecte pas son grand frère’ et ils te frappent. ‘Respecte ton grand frère. Il faut que tu me paies la cigarette’ ».

Plus exceptionnellement, leur jeune âge peut valoir à ces jeunes Guinéens d’être épargnés d’une partie de la violence de la migration. Abdelmalik, 17 ans, rencontré à Sebta en juillet 2015, originaire de Guinée, s’étonne encore que dans les pires situations, tout ce soit « bien passé pour [lui] ». « Comme je suis mineur, tout le monde me prend en pitié : moi, on ne me frappe pas, on me donne à manger. Au Mali, les Touaregs nous ont arrêtés pour tout nous voler, jusqu’à nos vêtements. Ceux qui disaient qu’ils n’avaient rien étaient tabassés, mais encore une fois on ne m’a pas touché parce que j’étais mineur ».

Avec : Yabaladi

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