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Guinée : Qui est Grenade ? jeune orphelin de mère abandonné par son père

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Un jeune du nom de Boubacar Diallo communément appelé « Grenade » a été touché par une balle qui lui a transpercé le dessus du sein gauche pour ressortir sur l’omoplate.Après l’enterrement de Mamadou Saïdou Bah, l’un des gardes rapprochés de Cellou Dalein Diallo, mort des suites de sa détention à la maison centrale de Conakry ce jeudi, 20 mai 2016 à Bambéto, des échauffourées ont éclaté entre militants de l’UFDG et gendarmes à l’ancien siège du RPG à Hamdallaye.

Le Colonel Balla Samoura que nous avons joint ce jeudi nuit nous a expliqué que selon ce que ses agents lui ont rapporté, le jeune détiendrait une kalachnikov, qu’il aurait ouvert le feu sur les gendarmes à la hauteur du siège et que c’est en réaction à ces tirs que « Grenade » aurait pris cette balle.

Nos confrères de investpress.info ont cherché à comprendre ce qui s’est réellement passé en allant à la rencontre du jeune homme en question. Lisez l’histoire troublante d’un orphelin de mère abandonné par son père :

IP : Bonjour

Boubacar Diallo : Bonjour

IP  : Comment vous êtes – vous retrouvé dans une telle situation, vous devriez être sur les bancs, avez-vous été inscrit à l’école par vos parents?

Boubacar Diallo : Ecoutez, je m’appelle Boubacar Diallo, je suis né en 1994. J’ai effectivement été à l’école et j’ai étudié jusqu’en 9ème Année mais mes parents ont divorcé alors que j’étais très jeune. Ma maman tombait souvent malade, elle souffrait de fièvre typhoïde. Quand son état état était plus ou moins stable, je partais à l’école et quand elle faisait une rechute, je séchais les cours pour m’occuper d’elle. Mon papa voulait que je reste chez lui mais je tenais trop à ma mère et je ne voulais pas l’abandonner. C’est ainsi qu’il me dit que si je ne restais pas avec lui, il ne paierait pas mes études. J’ai décidé alors de rester avec elle malgré tout et de suivre les cours dans une école publique. Elle s’était remarié, nous n’avions pas beaucoup de moyens. En 2010, j’ai abandonné et j’ai commencé à faire le petit commerce vue que l’état de santé de ma mère se dégradait de jour en jour. De 2010 à 2011, un de  » mes grands  » qui gravait des CD au grand marché de Madina m’a confié son conteneur qui se trouvait alors à Enco 5. Entre temps, la maladie de ma mère s’est aggravée. Elle a été hospitalisée au CHU de Donka. Cette situation me perturba encore une fois. J’ai dit à mon  » grand  » de trouver quelqu’un qui pourrait me remplacer mais il avait confiance en moi, il me dit de trouver moi-même quelqu’un à mettre là-bas. Ce qui fût fait et je vins ainsi à côté de ma mère. Il était question de l’évacuer à Dakar. Le temps de régler les papiers médicaux, elle est décédée. Je me souviens encore de ce jour, c’était un vendredi, je suis restée à côté d’elle jusqu’à 23 heures. Ma grand-mère m’a dit d’aller dormir par ce que je passais la nuit chez un ami dans le voisinage. Je ne voulais pas y aller mais elle insista à tel point que je partis. Aux alentours de deux heures du matin, ils appelèrent le jeune chez qui je dormais pour lui annoncer la mort de ma mère. Il me réveilla et me dit de venir avec lui chez nous car ma maman bougerait à 3 heures du matin pour Dakar. Arrivé chez nous, en entendant les pleurs, je compris alors que ma maman est décédé, je suis tombé de la moto, j’avais 17 ans. Le plus dure pour moi a été le refus de mon père d’assister aux obsèques de ma mère, il n’a même pas laissé sa femme venir.

IP  : Après le décès de votre mère, avez-vous essayé de vous réconcilier avec votre père ?

Boubacar Diallo : Je suis venu vivre chez lui mais sa femme ne me traitait pas comme son enfant. Parfois même, elle ne répondait même pas à ma salutation. Quand j’informai mon père, il me dit ceci : « que tu le veuilles ou pas, c’est ici que tu vas rester, je ne peux rien faire d’autre« . Je ne pouvais pas rester avec une femme qui ne me commissionne pas, qui ne me considérait pas comme un membre à part entière de sa famille. Je décidai alors de retourner chez mon beau père qui, au moins m’écoutait et me consultait comme si j’étais son propre fils. Pendant ce temps, je continuais à vendre les CD et entre temps, j’ai une tante, une des jeunes sœurs de ma maman qui m’a confié un mini bus que je conduisais aussi. Je ne m’en sortais pas mal entre les deux, j’avais placé un ami au niveau du conteneur qui me rendait compte et tout allait pour le mieux.

IP  : Comment vous êtes-vous retrouvé comme militant de l’UFDG ?

Boubacar Diallo : Depuis 2012, J’ai rejoint ce parti par ce que El Hadj Cellou est l’espoir de cette jeunesse qui chôme aujourd’hui en Guinée, qui est complètement désespérée. Je me suis inscrit volontairement dans la section motard par ce que je crois en ce parti.

IP  : Qu’est ce qui s’est réellement passé ce jeudi, 19 mai 2016, après l’inhumation de Mamadou Saidou Bah au cimetière de Bambéto ?

Boubacar Diallo : Après l’enterrement, nous retournions au domicile de notre Président. Arrivé aux alentours du siège, au niveau de la station, les gendarmes étaient encore de l’autre côté de la route. Dès qu’ils nous ont aperçus, ils ont traversé. Mes amis ont commencé à paniquer. Je leur ai dit de marcher doucement sans se préoccuper des agents par ce que je croyais que la presse est parmi nous. J’ai dit, allons s’il nous provoque, la presse sera témoin qu’on était juste de passage et que c’est eux qui ont quitté le côté du siège pour nous provoquer. Automatiquement, ils ont tiré du gaz lacrymogène sur nous. La banderole que nous détenions est tombée. Je l’ai ramassée et je dis aux autres de continuer par ce qu’il était hors de question de reculer même s’il fallait mourir. C’est ainsi que l’un d’eux qui était sur le trottoir m’a appelé en disant : « Grenade, Grenade » , dès que je l’ai regardé, il m’a tiré dessus. Mes amis ont alors réagit en jetant des cailloux pour me faire quitter les lieux. Je me suis mis à courir sans me rendre compte que j’étais atteint par une balle. J’ai constaté alors que je saignais du nez, de la bouche, mes habits étaient imbibés de sang. Les militants se sont écriés :« Ils t’ont tiré dessus« . Ils m’ont pris sur une moto pour le centre médical Jean Paul 2. Quelques minutes après alors qu’on m’administrait les premiers soins quelqu’un vient nous alerter qu’un pickup était en route pour le centre. Ils ont ainsi appelé une de mes tantes qui est venue les aider à me faire quitter les lieux pour la Polyclinique de Dixinn. Arrivée là-bas, les médecins demandèrent une radiographie. Nous quittons alors l’endroit avec un médecin par ce qu’on n’y faisait pas la radio. En court de route, on nous informe que le colonel Balla Samoura est arrivé sur place avec huit camionnettes demandant après moi. Je dis alors aux autres : je suis qui au sein de l’UFDG pour qu’on s’acharne ainsi contre moi.je ne suis qu’un simple militant, pourquoi on m’en veut à ce point ? Ils ont tiré sur moi, cela devrait suffire. Je ne suis qu’un simple membre Peut-être veulent-ils m’éliminer par ce qu’ils savent que je peux reconnaitre celui qui m’a tiré dessus.

IP  : Nous avons appris que vous étiez armé, que vous déteniez une kalachnikov et que vous avez ouvert le feu sur les gendarmes présents au niveau de l’ancien siège du RPG. Que répondez-vous ?

Boubacar Diallo : Je ne détenais aucune arme sur moi. C’est quand on m’a tiré dessus que les jeunes ont jeté des cailloux pour ne pas qu’on me mette la main dessus. Si j’étais armé d’une telle arme tel qu’ils le disent, j’aurais blessé au moins quelques-uns parmi eux, même si moi je tombais mes amis s’en seraient servis pour riposter. Je n’ai jamais fait de banditisme. Si j’étais un bandit, les gens qui me confient leurs affaires n’allaient pas le faire. S’ils le font, c’est par ce qu’ils ont confiance en moi. Allez-y à Wanindara et renseignez-vous, demandez qui je suis, ils vous diront si je suis un bandit ou pas. Tous les militants de l’UFDG que vous voyez lors des manifestations ont des occupations même s’ils sont jeunes, ils ont toujours quelques chose à faire. Nous ne sommes pas des délinquants.

IP   : Nous avons des informations selon lesquelles vous seriez un repris de justice, vous auriez fait la maison centrale à plusieurs reprises. Est-ce vrai ?

Boubacar Diallo : J’ai fait la maison centrale une seule fois pendant deux semaines lors des manifestations politiques de 2012 en prélude des législatives. Ce jour-là, je venais de déposer la moto d’un frère à la maison, j’ai constaté que les gens fuyaient dans le quartier T5 au carrefour marché dans la commune de Ratoma. Je leur ai demandé ce qui se passait, ils m’ont dit que les agents de sécurité pourchassaient des militants. Je réagis en disant mais si vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi vous fuyez ? Je viens alors m’arrêter devant la concession des voisins en bordure de route. C’est ainsi qu’un pickup qui passait m’interpella pour la gendarmerie rail rail de Wanindara. C’est ainsi que je me suis retrouvé à la maison centrale. Lors du procès au TPI de Dixinn, le procureur n’a retenu aucune charge contre moi quand je me suis expliqué. J’ai été libéré 14 jours après mon arrestation. C’était la seule fois que j’ai fait la maison centrale de Coronthie.

IP  : D’où tenez-vous votre surnom  » Grenade »

Boubacar Diallo : Une fois lors d’une manifestation quand notre président a été attaqué de retour du TPI de Dixinn, la police a lancé une grenade lacrymogène. Avant qu’elle n’explose, je l’ai reprise et l’ai jetée sur les agents eux-mêmes. Une autrefois lors des marches pacifiques de 2013, alors que la marche a été interdite sur l’autoroute, l’on s’y rendait avec tous les leaders de l’opposition républicaine via l’aéroport. Je ramasse alors une aubergine que je brandis comme étant une grenade. Je fonce sur les policiers l’aubergine en main et je crie : Hé, M. l’agent, il me regarda alors que les autres fuyaient, je fis semblant de dégoupiller la grenade que je détiens et je leur dis : « On va tous mourir ici », je jette alors le fruit dans la camionnette. Les policiers qui se trouvent à bord du véhicule sautent tous y laissant leurs armes en croyant que mon aubergine était une grenade. Depuis lors, les gens m’appellent grenade.

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