Après de violents affrontements avec les contre-manifestants, issus des rangs du Rpg (rassemblement du peuple de Guinée) le parti au pouvoir, les forces de l’ordre vont user de gaz lacrymogène pour maîtriser la foule sans y parvenir Résultat: un mort, des magasins vandalisés, détruits et incendiés. Les affiches publicitaires à l’effigie du président sortant, Alpha Condé, sont déchirées, brûlées, des stands de campagne installés, tout le long de la route  »leprince » et sur l’autoroute Fidel Castro, systématiquement saccagés. Ni la police, ni la gendarmerie ne  »peuvent » intervenir. Politiquement trop risqué, justifierons plus tard des responsables de la police et de la gendarmerie, malgré des unités déployées à certains endroits. Ce jour là, l’UFDG dictera sa loi et règnera en maître sur la capitale guinéenne. Face à cette déferlante, les militants du camp adverse étaient obligés de rester terrés chez eux, même dans les quartiers de la capitale favorables au pouvoir.

Les militants du président sortant décident de réagir le lendemain. Comme la veille, l’État laisse faire. Nous sommes le 9 octobre, à seulement 24 heures du scrutin. Très top le matin, des groupes de jeunes barricadent les voies menant au grand marché de Madina. Déjà la veille, des individus non identifiés avaient nuitamment fait irruption  à Madina pour casser des boutiques et des magasins. Les accès barricadés, il était impossible de rejoindre le centre commercial via l’autoroute. Ce jour-là, Madina n’ouvrira pas. Les opérateurs économiques et commerçants pour la plupart acquis à la cause du leader de l’opposition guinéenne comprennent tout de suite la situation qui prévaut. Certains d’entre eux qui ont suffisamment les moyens et des relations, à leurs frais dépêchent  des unités de militaires de l’armée pour aller sécuriser leurs enseignes. Les autres s’en remettent à Dieu.

Madina reflétait ce jour-là l’image d’un véritable champ de ruines, un spectacle désolant de no mans land. Des scènes de pillages de boutiques, des magasins vandalisés, des centres commerciaux incendiés. Plusieurs dizaines de jeunes émeutiers armés d’armes blanches et visiblement sous l’emprise de stupéfiants se livraient au pillage systématique des biens: téléphones portables, ordinateurs, coffres forts, électroménagers, tout y passe, avant de mettre le feu au reste, sous le regard  »impuissant » des forces de sécurité déployées sur les lieux et stationnées à seulement quelques mètres de là, juste sur le pont de Madina. Un petit commerçant rencontré ce jour là, est resté immobile et sans voix pendant plusieurs dizaines de minutes, en observant son commerce entrain d’être vandalisé. Voulant s’interposer, il en est dissuadé par des passants. On se croirait dans le bourbier syrien, où même les journalistes étaient obligés de se camoufler pour camper la situation. Les pillages se poursuivront jusque tard dans la nuit. Ce jour là comme la veille, beaucoup de commerçants sont tombés au plus bas de l’échelle. Réduits à une précarité et une pauvreté implacables et inexplicables.  En seulement quelques heures, des efforts de toute une vie de quête jonchée d’obstacles se sont dissous dans les flammes…… Pour eux, c’était le début de l’enfer….