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Santé : L’hôpital Donka vu par un cinéaste

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Cette plongée dans le quotidien du plus grand hôpital de Guinée témoigne de la terrible contradiction existant entre le coût de la médecine occidentale et le niveau de vie africain. Les patients souffrent et meurent car leurs familles ne peuvent les prendre en charge financièrement. Ce film documentaire de Thierry Michel retraçant la vie du plus grand CHU du pays  a été projeté hier 19 mars 2015 sur les écrans du cinéma ‘’Mimo’’, dans la commune de Matoto.

Cet hôpital construit sur le modèle européen en 1959, au lendemain de l’accession du pays à l’indépendance, manque aujourd’hui de matériel et de médicaments. Afin de palier aux carences, les frais liés à une hospitalisation sont payables à l’entrée ; ils représentent entre un cinquième et un quart du revenu mensuel d’un Guinéen. Les malades y arrivent donc seulement après avoir épuisé toutes les ressources de la médecine parallèle traditionnelle et il est bien souvent trop tard. Dans ce documentaire, le réalisateur s’attache plus particulièrement à deux enfants en pédiatrie. Avec ses 350 lits et son statut de centre hospitalier universitaire, il a pu faire illusion tant que l’Etat a pu en assurer les salaires et les frais de fonctionnement.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui : l’hébergement et les soins sont payants, les familles des patients sont priées d’aller elles-mêmes acheter dans une pharmacie en ville les médicaments de leurs malades. Tout le reste est à l’avenant : le centre de réanimation est complètement démuni, les patients ne sont pas nourris, participent aux travaux de nettoyage. Il y a certes eu des tentatives de rénovation avec la gente militaire de Moussa Dadis Camara (NDLR). Sur une civière de fortune, un homme gémit de douleur. Une longue plainte déchirée de quelques cris. Ramassé au marché, il a atterri aux urgences de l’hôpital Donka. A côté de lui, l’infirmière reste imperturbable. «Nous attendons que la famille vienne pour payer les médicaments.» Arrivé à 17h00, l’homme meurt dans la nuit.

D’une méningite. Ses proches ne se sont jamais présentés. Planté à l’entrée de Conakry, capitale de la Guinée, l’hôpital public Donka, barré de ses longues coursives sans fin, est un immense bateau ivre régenté par un tyrannique commandant: l’argent. Envasé dans un profond déficit, l’établissement a fait le choix d’assurer sa mission de santé publique en rendant les soins payants.  Dès les portes de l’établissement, où se bouscule une foule repoussée par une grille infranchissable, le seul sésame est l’acquittement du prix de la consultation. Du premier au cinquième étage, au hasard des 350 lits, la caméra filme les mêmes visages mangés par l’inquiétude. Douleur de voir sa fille rattrapée par la mort. Le médecin chef conseille au père d’aller « à la grande mosquée demander l’aumône».

Le réalisateur a résolu la question à sa façon. En emportant, dans les véhicules de l’équipe, compresses, seringues, antibiotiques ­«tout ce qui pouvait permettre de soulager les malades que nous filmions» ­ distribués sous l’autorité d’une conseillère médicale présente durant le tournage, mais aussi une fois la caméra rangée. De cette démarche volontariste, Thierry Michel assume les risques: «Trahir une vérité dont nous ne sommes pas les témoins passifs.»

Une synthèse de Aly Badara Condé

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