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Guinée: des enfants travaillent encore dans la carrière de granite de Manéah

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De nombreux enfants travaillent dans la carrière de granite de Manéah, dans des conditions difficiles. Ils aident leurs parents pauvres à joindre les deux bouts. Plusieurs enfants travaillent dans la carrière de granite de Manéah, préfecture de Coyah, dans des conditions très difficiles. Ils concassent, transportent et stockent le granite sans aucune protection.

Ces enfants de carrière, dont l’âge varie le plus souvent entre 5 et 15 ans exercent ce travail, dangereux pour leur santé soit avec leurs parents ou seuls dans le but de subvenir aux besoins de la famille.  Près de 250 000 enfants, soit 16 enfants sur 100 dans le monde, sont engagés dans une activité économique où ils sont exploités, selon l’UNICEF. 2.172 enfants de 7 à 17 ans travaillent dans les mines et carrières, d’après le ministère guinéen de l’Action sociale, de la Promotion féminine et de l’Enfance. Et ce, en violation de la convention relative aux droits de l’enfant et des normes internationales sur le travail.

A Manéah, ces enfants ne sont pas seulement exploités, leurs droits : à l’éducation, à des soins médicaux de base, à une nutrition adéquate, aux loisirs, ainsi qu’à mener une vie protégée et sans danger dans leurs familles et leurs communautés, sont également bafoués.

Ousmane Konaté, 9 ans, concasse le granite dans la carrière. En classe de deuxième année, visiblement épuisé, il travaille avec sa mère et ses deux frères pour aider à joindre les deux bouts. « Pendant les vacances, nous travaillons à plein temps avec ma mère. Quand on gagne de l’argent, maman nous achète à manger, des habits et nos fournitures scolaires. Et lorsque l’école ouvre ses portes, nous nous rendons immédiatement à la carrière après les cours pour concasser avec notre mère avant de rentrer le soir. Ce travail est vraiment trop dur pour nous. »

Le rêve d’aller en Europe un jour

Aboubacar Soumah, lui aussi concasse le granite avec sa maman. Âgé de 7 ans, il n’a pas eu la chance de fréquenter l’école. « Quand nous gagnons de l’argent, ma mère nous achète des habits et de la nourriture. Nous souffrons beaucoup dans cette carrière, mais nous sommes obligés de le faire pour avoir de quoi manger, » s’indigne le garçon torse nu.

Le petit Soumah rêve d’aller en Europe un jour quand il sera plus grand. Malgré les difficiles conditions de travail, Aboubacar n’entend pas raccrocher si facilement avant de réaliser son rêve. « J’aimerais bien un jour partir travailler en Europe. Comme ça je pourrais sortir ma maman de cette souffrance en lui envoyant beaucoup d’argent », soutient Soumah Aboubacar.

Pour Djibril Soumah, chef de la carrière, les enfants y travaillent parce que leurs parents n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins. Cet intermédiaire entre les exploitants et les autorités gère tous les problèmes qui surviennent dans la carrière. « Nous sommes conscients que ce travail est pénible pour les enfants, mais nous n’avons pas le choix. C’est la conjoncture qui nous impose cette situation. Ce sont nos enfants et nos frères. Ils peuvent gagner entre 10 et 20 mille francs guinéens par jour pour soutenir leurs parents », explique Djibril. Il affirme prendre des dispositions pour protéger les enfants.

Sur le plan de la santé, le Dr Ben Youssouf Kéïta, médecin pédiatre et député à l’Assemblée nationale laisse entendre que les conséquences du travail des enfants dans les carrières sont diverses. Il note premièrement le manque d’alimentation requise, qui empêche l’enfant de grandir convenablement. « Ensuite son état psycho-physique sera dégradé, parce que son rythme biologique, de repos et d’activités n’a pas été respecté. Ce qui va à la longue contribuer à la réduction de son espérance de vie. S’il devait avoir 80 ans, il n’aura finalement que 50 ans », précise le député. A la question de savoir ce que la commission santé et affaires sociales de l’Assemblée Nationale compte faire pour inverser cette tendance, le député mentionne ; « nous sommes en train de travailler avec le ministère en charge de l’Action sociale et de la Promotion féminine, également des ONG pour savoir les mécanismes à prendre en compte pour revoir à la baisse cette situation alarmante ».

La rigueur de la tradition

En Afrique et plus particulièrement en Guinée on donne l’impression que les enfants doivent tout faire pour leurs parents, quel que soit leur âge. L’enfant qui travaille pour ses parents est béni, dit-on souvent. D’ailleurs les parents considèrent le travail domestique comme étant le premier pas vers l’école de la vie. N’est-il pas considéré comme la forme d’éducation la plus courante en Guinée ? Néanmoins, il n’est pas rare de voir dans maintes familles des enfants, mieux des adolescentes parfois, qui effectuent des travaux ménagers ou pas à plein temps sans pouvoir aller à l’école. Cela est une violation déplorable et injuste de leurs droits tels que reconnus par la convention relative aux droits de l’enfant.

Une réalité qui contourne le droit

La Guinée a ratifié en 2001 les deux conventions internationales de l’Organisation Internationale du Travail réglementant le travail des enfants, à savoir les conventions 138 et 182. La première porte sur l’âge minimum de l’accès au travail fixé à 14 ans et la seconde sur les pires formes du travail des enfants. Mais, la ratification de ces deux conventions n’a pas encore été suivie de la production de texte d’application.

En plus, le code de l’enfant devrait en principe assurer une protection aux enfants guinéens. Selon la loi, « Il est interdit à un employeur de faire effectuer par un enfant, un travail disproportionné à ses capacités ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou son développement physique ou morale. Les pires formes de travail de l’enfant sont interdites. Il s’agit également de : Toutes formes d’esclavages ou pratique semblables. Et l’Article 428 dit que les auteurs d’infractions (…) s’exposent, selon le cas aux pénalités prévues au Code du travail. »

Malgré les articles du code de l’enfant et autres lois protégeant les droits des plus petits, en Guinée, nombreux sont les enfants qui travaillent dans des conditions déplorables. Le directeur préfectoral des Mines, de la Géologie et des carrières de Coyah, Abou Camara note que le travail des enfants est une réalité, mais qui ne se trouve pas seulement au niveau des carrières. « Regardez les enfants qui vendent des objets entre les voitures dans les rues. Il y a des risques et nous sommes impliqués à un certain moment pour sensibiliser les parents par rapport à cette pratique, mais les réalités sont ce qu’elles sont. », explique-t-il.

Pour arrêter ce phénomène, cet ingénieur géologue propose de faire une sensibilisation pour que les parents prennent leurs responsabilités afin de préserver la santé et la vie des enfants qui constituent l’avenir de demain. Il est sûr que « Les parents doivent comprendre que des pratiques comme ça sont nuisibles à l’avenir des enfants. Reste entendu que tout le monde doit s’y mettre, parce que ce n’est pas une chose facile compte tenu des réalités que nous vivons ».

Les parents doivent impérativement prendre conscience de cet état de fait en vue de protéger les droits de ces enfants des carrières qui en principe constituent l’avenir de la Guinée. C’est en cela que le pays pourra relever son déficit de ressources humaines qualifiées pour son développement.

Avec : AA

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