
Les difficultés politiques actuelles de la Guinée et les conflits qui émaillent la vie nationale sont-elles le fait de la diversité ethnique ? Dans cette longue réflexion, Dr. Alpha Amadou Bano Barry, sociologique et professeur d’université livre son point de vue.
Cette révision constitutionnelle devrait consacrer la politique de régionalisation avec des pouvoirs étendus aux régions dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’hygiène publique, de l’agriculture et de l’environnement et de la sécurité.
Il est illusoire de penser qu’on peut faire de la démocratie avec des partis politiques et des organisations de la société civile non démocratiques. La démocratisation des partis politiques et des organisations de la société civile est un passage obligé pour éviter les dérives actuelles que sont l’ethnicisation de la vie associative. En fait, je rêve de partis politiques qui n’appartiennent pas à des individus avec un processus transparent de renouvellement des dirigeants.
Des nouveaux textes devront être adoptés pour le recrutement et la promotion des cadres de l’administration publique et régionale. Ces textes devront imposer l’aval du parlement dans la désignation des hauts responsables de l’Etat avec des critères objectifs fondés sur le mérite, l’équité et la transparence. La culture du résultat devrait guider le parlement dans l’évaluation des dossiers et le renouvellement des contrats.
Au niveau du marché de l’Etat, il faut que les appels d’offres soient systématiques et que les chambres des professionnels soient associés dans l’évaluation et le dépouillement des offres. Pour éviter les tricheries et le délit d’initié de certains acteurs économiques en complicité avec les agents de l’Etat, les offres des acteurs économiques devraient être déposées dans des dépôts scellés jusqu’au moment du dépouillement.
Depuis l’indépendance, j’entends parler d’unité nationale, mais il ne m’a jamais été donné de voir concrètement des actions posées par les gouvernements successifs allant dans ce sens. La seule et unique action qui a eu des résultats fût la mobilité, par le truchement des mutations, des employés de l’Etat sous la première République. Ce système de circulation des employés de l’Etat a été une formidable opportunité pour ceux dont les parents étaient des fonctionnaires d’échanger, de partager et parfois d’avoir des attaches loin du village de leurs parents. Par contre, l’imposition des langues nationales, sans préparation ni consultations, au lieu de rapprocher et d’aider à la consolidation de l’unité nationale, à laisser un arrière goût amère en rapport avec les langues nationales. Sous la seconde République, rien de positif n’a été fait pour consolider l’unité nationale. Même l’administration s’est sédentarisée au point de se gangréner.
Puisque tout le monde parle d’unité nationale et qu’aucun ne sait ce qu’il faut faire pour asseoir et consolider celle-ci, laissez-moi vous dire quelques mesures sociales simples qui permettraient à coup sûr de consolider l’unité nationale.
Parmi les mesures simples qui ont un effet réel sur la suppression des barrières linguistiques c’est de proposer des cours de langues nationales à tous les Guinéens qui veulent bien apprendre une autre langue qui ne soit celle de ses parents. Cette langue seconde, dispensée sous forme de module, devrait être accessible avec des frais réduits pour que les coûts ne constituent pas un obstacle à son accès.
L’offre de cours en langues nationales ne serait attractive que si elle offre des opportunités réelles à ceux des Guinéens qui le prennent. Ainsi, il est possible de faire de la locution de deux ou trois langues comme critère d’occupation de certains postes. On pourrait même offrir des points d’indice dans le salaire des fonctionnaires qui parlent plus d’une langue nationale. Pour favoriser les langues des ethnies numériquement les moins nombreuses, il est possible d’offrir des allocations d’encouragement pour ceux des Guinéens qui accepteront de porter leur choix sur ces langues. Il est même possible, si l’on veut favoriser les mariages interethniques de prévoir des points d’indice dans la rémunération des agents des secteurs privés et publics.
Une synthèse de Aly Badara Condé
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