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Guinée: «L’égoïsme ne lui permet pas de faire une passation de services de façon civilisée», soutient un opposant

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Le président du parti Force des intègres pour la démocratie et la liberté (Fidel), Mohamed Lamine Kaba dresse son regard sur l’actualité politique guinéenne, réagit aux propos d’Alpha Condé qui demande de couper le cordon ombilical avec la France. Aussi, l’ancien directeur de campagne du Rpg au Sénégal, en Mauritanie, au Cap Vert et en Gambie dénonce la ‘‘mauvaise foi’’ du président guinéen quant à l’assurance d’une passation de services civilisée avant d’annoncer l’enterrement très prochain du parti au pouvoir. Lisez ! 

 Guinee360.com : Quel regard portez-vous sur l’actualité politique nationale ?

Mohamed Lamine Kaba : Ce que nous pouvons constater dans l’actualité politique du pays, c’est que chaque année, nous avons eu à faire des dialogues depuis 2012 ayant abouti à des accords qui ont voulu résoudre des problèmes qui répondent aux préoccupations sociétales de la Guinée en termes électorales. Mais ces accords n’ont jamais été appliqués. Et tout dernièrement, cet accord que nous avons obtenu et qui a été envoyé -malgré nous d’ailleurs- à l’Assemblée puis, à la Cour constitutionnelle. Il se trouve que jusqu’à date, nous n’avons encore eu, en ce qui concerne le Code électoral, l’avis réel de la Cour constitutionnelle. Ce qui représente un handicap sérieux pour la tenue des élections communales. Cela est une préoccupation pour nous. Et, nous souhaiterions que cette suspicion soit levée pour nous permettre de savoir est-ce qu’il faut encore s’organiser pour aider à ce que l’ancienne moi soit respectée ou  il faut aller sur la base de la nouvelle loi pour nous permettre d’aller aux élections. Mais on a l’absurde impression que le président Alpha Condé veut jouer sur le temps ; parce que tout le monde le sait, sa velléité à être candidat en 2020 est réelle et que son souhait serait de garder ces délégations spéciales en vue de l’aider à tricher les prochaines élections. C’est ce qui justifie un peu le retard dans l’application de ces lois et tout e que vous connaissez comme problèmes relatifs à cet accord actuellement.

 Récemment, à ses pairs, Alpha Condé a demandé de couper le cordon ombilical avec la France. Comment interprétez-vous cela ?

Ce propos du président Alpha Condé peut avoir plusieurs interprétations. D’abord, ce qui est choquant, ce qui est grossièrement insultant aux yeux des panafricanistes, dire de couper le cordon ombilical avec la France signifierait la reconnaissance de la France comme le pays géniteur de la Guinée et plus loin des Etats africains, mais aussi comme la mère nourricière. Ce qui peut être grossièrement insultant aux yeux des grands panafricanistes. Le deuxième sens qu’on peut donner à la chose, c’est que le président Alpha Condé a été une personne qui n’a pas été capable de lever des fonds importants au niveau de la France. Tous les chefs d’Etat qui étaient là ce jour. Ils étaient juste trois, le président Alassane Ouattara, a organisé un forum à Dubaï où il a demandé 4 milliards d’euros pour financer ses projets. Je vous assure qu’il a eu le double : 8 milliards d’euros. Au cours de son actuel mandat, le président Ouattara a organisé cette fois-ci en France. D’ailleurs, lui-même n’était pas là. C’était son ministre de l’Economie. Ils ont demandé 14 milliards et ont obtenu 17 milliards 500. Cela prouve que c’est un président qui est capable de mettre en place des dossiers bancables pour pouvoir lever des fonds. Et c’est un président qui est crédible compte tenu de sa constance. Parce que pour donner son argent à quelqu’un, il faut savoir si ce n’est pas quelqu’un qui est versatile comme c’est le cas du président Alpha Condé. Le Sénégal, sous le président Macky Sall, a obtenu plus de 12 milliards. Ce dernier gouvernement du Burkina a eu plus de 10 milliards. Tout cela en euros. Alors que le président guinéen, depuis son arrivée au pouvoir jusqu’à présent, a eu 30 millions de dollars. Vous voyez ce que ça fait. Il n’a même pas le dixième d’un milliard, à peine 100 millions d’euros que le président a obtenus. Donc, compte tenu de cette angoisse, il a voulu se venger de la France en demandant aux autres de le suivre dans sa démarche. Je crois que ces heureux bénéficiaires ne peuvent le suivre dans cette dynamique. Mais aussi, il y a un acte inavoué dans cette histoire de demander de couper le cordon ombilical avec la France. Ça signifierait aussi, et c’est ce qui est probable d’ailleurs, ce qu’il vient de confirmer en France. C’est une façon de dire à la France de s’isoler, de ne pas s’immiscer dans les affaires internes de la Guinée, parce que le président Alpha Condé a des velléités à tripatouiller la Constitution en vue de se représenter pour un 3e mandant de trop. Pour cela, il a besoin d’isoler la France. Il a besoin que la France se retire de tout ce qui est implication politique ou diplomatique. Voilà un peu ce qu’il a tenu comme discours, mais qui est contraire à la réalité, quand on sait qu’il a la nationalité française qu’il garde soigneusement. Il a son passeport français qu’il garde soigneusement. Il a ses amis auxquels il a donné des marchés tels que les Bolloré qui sont là. Donc, s’il veut couper le cordon ombilical avec la France, il devrait commencer d’abord par déchirer son passeport devant le grand public. Et surtout ce qui est incohérent dans tout son discours, voilà ce qu’il a eu à faire en France. François Hollande, lui il est partant. Mais Alpha Condé se bat coûte que coûte pour avoir le rendez-vous avec les candidats en lice à la présidentielle française. Le choix de la date de sa visite d’Etat n’est pas gratuit hein. Il a l’intention de prendre contact et voire même financer les candidats engagés dans la course pour la présidence française. Donc, c’est pour se faire des alliés, au moment venu, qui vont se taire comme Hollande l’a fait avec le président congolais Denis Sassou Nguesso qui a tripatouillé la Constitution de son pays, et la France est restée sourde et muette là-dessus. Je crois que le président Alpha Condé est en train de se battre en France pour se trouver les mêmes amis. Voilà sur son discours et l’incohérence par rapport à tout ce qu’il est en train de faire, ainsi que sa versatilité. Ça ne rime pas. Quelqu’un qui demande de couper le cordon ombilical avec la France, le lendemain ce dernier prépare son bagage pour aller non seulement rencontrer l’actuel président, mais aussi se battre pour entrer en contact avec les candidats qui sont en train de conquérir la Présidence française.

 Répondant à une question de Christophe Boisbouvier de Rfi relative à son penchant de briguer un 3e mandat, Alpha Condé a dit que c’est au peuple de décider. Comment percevez-vous cette sortie du président de la République ?

Ce qu’il faut retenir dans toute cette histoire, la volonté du président Alpha Condé à se représenter est réelle. Le discours qu’il tient, c’est le mot-clé de tous les révisionnistes du monde : c’est le peuple, le peuple, le peuple. Mais le peuple s’est déjà exprimé. Nous avons une Constitution grâce à laquelle d’ailleurs il a été élu président. Et il est clairement dit dans cette Constitution que le président est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. Mais ce qui est sûr, quand lui il parle de peuple, il fait allusion certainement à ces personnes qui partagent la même forfaiture avec lui.

 A votre avis, Alpha Condé encourt-il des risques en cherchant à briguer un 3e mandat ?

Tout à fait. Les dernières manifestations l’ont prouvé. Lui-même il l’a reconnu. C’est à sa base politique du Petit lac à Taouyah qu’on a érigé sur des murs qu’ils sont prêts à lui barrer la route au cas où il voudrait briguer un éventuel 3e mandat. Je crois que cela est expressif. Il faut retenir que la même chose s’observe partout. C’est l’axe Leprince qui a souvent manifesté. Mais cette fois-ci sur l’autoroute Fidel Castro, vous avez vu la détermination de ses anciens militants. Un général, pour aller en guerre, il faut avoir une troupe derrière soi. Mais le président n’a pas de troupes aujourd’hui. Mais je suis sûr qu’il va toujours essayer de mettre cela en exécution. Parce que ce qui est difficile à dire, le président Alpha Condé trop égoïste pour prendre le pouvoir et le passer à quelqu’un de manière civilisée. Parce qu’il aurait cru que tout le combat qu’il a mené sur le terrain a été fait pour ce dernier. Donc, il ne le fera pas. S’il était dans cette dynamique, il aurait préparé un successeur dans son parti. Mais il n’y a personne. Plutôt son parti est miné par cette guerre. On ne sait même plus qui sont les leaders, quelles sont les personnes qui canalisent. Donc, avec tout ça, non seulement le président Alpha Condé, dans son parti, n’est pas si structuré, mais n’est pas aussi mobilisé derrière lui pour l’accompagner dans cette forfaiture. Mais il reste clair qu’il va tenter de le faire. Parce que tout simplement son égoïsme ne lui permet de faire une passation de services de façon civilisée dans ce pays.

 A vous entendre, on a comme l’impression que l’après Alpha Condé n’est pas encore à l’ordre du jour au Rpg Arc-en-ciel. C’est cela ?

Tout à fait ! L’après Alpha n’est pas encore à l’ordre du jour. Je connais des présidents par exemple qui ont voulu préparer leur succession. C’est-à-dire quand on veut promouvoir quelqu’un, on peut soit le nommer Premier ministre, soit directeur de campagne. Mais depuis l’arrivée du président Condé, aucun responsable n’a été Premier ministre, ni directeur de campgane. Donc, c’est ce qui met en exergue la capacité de mobiliser, qui rehausse la notoriété même de la personne. Il ne l’a pas fait. Il n’est donc pas en train de préparer sa succession. Plutôt, on s’achemine vers la destruction de ce parti, si cela n’est d’ailleurs pas fait. Parce qu’en réalité, les militants du Rpg ne se reconnaissent plus dans la dynamique du président.

 Cela donne tout l’air qu’Alpha Condé doit mourir avec le Rpg à l’image de feux Ahmed Sékou Touré avec le Pdg Rda et le général Lansana Conté pour le Pup ?

 Si le Rpg n’est pas encore mort avec le président Alpha Condé, parce que s’il refuse d’organiser les élections, c’est parce qu’il veut coûte que coûte maintenir ses délégations spéciales en vue de lui permettre de frauder les élections. Donc, s’il sait qu’il a une troupe derrière lui, pourquoi ne pas organiser les élections ? S’il n’arrive pas à le faire, c’est qu’il n’y a plus d’hommes derrière lui. Donc pour moi, le Pup a eu ces mêmes difficultés, ainsi que le Pdg Rda. Mais en ce qui ce qui concerne le Rpg, je crois que le président Alpha Condé va d’abord l’enterrer avant la fin de son mandat. Parce que nous sommes maintenant à la 2e année de son second mandat, mais il n’y a personne qui soit représentatif de ce parti, il n’y a aucune structure aujourd’hui capable de résoudre les problèmes aussi mineurs comme ceux auxquels nous assistons maintenant.

Par Madiba

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