
Le point de vue d’un sociologue (Troisième partie)
Les difficultés politiques actuelles de la Guinée et les conflits qui émaillent la vie nationale sont-elles le fait de la diversité ethnique ? Dans cette longue réflexion, Dr. Alpha Amadou Bano Barry, sociologique et professeur d’université livre son point de vue.
Dans tous conflits, il y a trois composantes : le problème, les acteurs et le processus. Pour qu’il y ait conflit, il faut des acteurs. Ceux qui planifient, financent et ordonnent et ceux qui exécutent. Le conflit a toujours lieu entre des personnes qui ont des relations, qui sont liées. Plus deux communautés vivent ensemble et s’interpénètrent, plus se développent des stéréotypes et des préjugés sur lesquels s’appuient pour préparer et faire exécuter le conflit.
Chaque société connaît des moments de tension qui sont des moments de rééquilibrage des privilèges et des avantages qui sont présentés comme collectifs. C’est le cas des élections, des remaniements et des coups d’Etat. Pour les théoriciens des conflits : « Plus le nombre des compétiteurs est grand par rapport à l’étendue des possibilités de gains qui leur sont ouvertes, plus les personnes engagées dans la lutte ont intérêt à limiter d’une manière ou d’une autre la concurrence. Cela se passe généralement de la manière suivante : une partie des concurrents tirent argument de certaines caractéristiques extérieures de leurs adversaires réels ou virtuels pour chercher à les exclure de la compétition. Ces caractéristiques peuvent être la race, la langue, la confession, le lieu d’origine ou l’extraction sociale, l’ascendance, le domicile, etc. ».
Dans le cas de la Guinée, le problème c’est l’accès aux ressources de l’Etat, aux avantages qu’ils procurent, aux privilèges qui s’y rattachent. Le problème est donc le contrôle de l’Eta et de ses dépendances : les marchés publics, les postes de l’administration publique qui passe par le contrôle de la présidence qui est l’unique détenteur du décret.
On peut donc dire que l’ethnicité est une stratégie individuelle qui permet d’accéder aux richesses et au pouvoir. Cette stratégie devient collective en raison du fait que celui qui contrôle le pouvoir suprême récompense les membres de son « groupe ethnique » pour service rendu. En le faisant, on a une participation massive de l’élite d’un groupe ethnique à l’exercice du pouvoir au détriment de l’élite des autres groupes ethniques. D’où l’ethnicisassions totale et entière de la vie d’un pays.
Si vous avez suivi notre raisonnement depuis le début de ce texte, vous vous êtes rendu compte que pour nous l’ethnie des populations n’est pas un problème, le problème est le fait que la politique pour assurer la mobilisation populaire utilise l’appartenance ethnique. En le faisant, les acteurs politiques se retrouvent dans « l’obligation » de rembourser leur dette par une promotion massive de ceux de son groupe ethnique qui ont aidé à assurer sa victoire. Par cette pratique, les autres acteurs politiques font le même réflexe et utilisent la même stratégie. L’aboutissement de cette logique se trouve être que l’ethnicité prend de l’ampleur, envahit toutes les sphères et pollue l’existence de la citoyenneté : un homme libre par rapport à sa famille, son clan et son ethnie qui met au centre de ses préoccupations le bien public et l’intérêt du plus grand nombre.
Nous partons donc de l’hypothèse que les ethnies existent, qu’elles sont là pour durer, qu’elles sont une construction sociale, qu’elles mettent de l’avant des différences pour exister, que parfois les valeurs de part et d’autres ne sont pas identiques, mais elles ne sont pas une source de conflits en tant que telle.
Cependant, en raison des charges émotionnelles et des intérêts en jeux, l’ethnicité est un facteur qu’on ne peut occulter dans la vie politique guinéenne. Un regard su la composition, le financement et l’implantation géographique des formations politiques permet de confirmer l’interférence ethnique dans la vie politique.
A suivre…
Une synthèse de Aly Badara Condé
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