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Guinée: Requiem léger pour un soldat engagé (Chronique)

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Une fois de plus, l’argument de la force s’est exprimé. Une fois encore, une âme innocente, un soldat s’en est allé. Cette fois encore, la douleur nous a étreint les côtes et fait remonter la révolte en nous dissimulée. Que vont-ils nous raconter ? Que vont-ils dire, ânonner pour que l’injustifiable soit justifié ? Que vont-ils lâcher comme pet pour empester l’atmosphère de leur insolence encore et encore régurgitée ?
Je revois encore Saïdou avec ses mains gantées et ses lunettes de soleil qui lui barrent le visage déterminé… Je le revois n’être devant le siège du parti que pour servir des idéaux auxquels sa vie était dédiée… Je passe encore devant sa silhouette intrépide et décidée ce dernier vendredi de cette trouble annoncée par cette brebis égarée…

Je te vois là mon frère, juste debout sur la frontière de notre lieu sacré pour protéger un chef de parti en qui tu croyais et pour qui tu as voulu tout donner. Aujourd’hui, ta vie t’a été ôtée, sans que la rançon ne soit la liberté de notre peuple pour laquelle tu avais luttée. Les ténèbres ont recouvert tes paupières dressées sans que tu n’aies vu la démocratie à laquelle aspire notre Guinée.

La vie, ta vie s’est arrêtée sans que l’homme aux côtés duquel tu t’es dressé n’ait atteint la destination qu’on aurait tous souhaité. Tu ne respires plus l’air empoisonné de la prison d’un régime qui a décidé d’éteindre les flammes d’espérance de son principal concurrent…

Ce mardi matin, c’est dans la douleur que je me suis réveillé. Toute la nuit, je n’ai pas compris pourquoi ma nuit fut agitée. Tourner et se retourner dans ce lit où j’ai passé le plus sombre de ma nuit à suer. Sortir du sommeil compliqué pour prendre dans la gueule cette information qui m’a terrassé.

Maudis sois-tu intriguant berger qui laisses crever son troupeau sans qu’un petit doigt ne soit levé. Maudis sois-tu, père indigne qui divises ses enfants et choisis les uns pour les protéger et les autres pour les sacrifier. Maudis sois-tu, oh oui je te maudis mille fois toi qui nous toises du haut de ton fauteuil perché et se ris des douleurs et des humiliations qui nous sont infligées par tes envoyés.

Nous avons bien compris que ton objectif est de nous décourager. Tu veux nous faire peur pour nous dévier de la lutte que avons décidée de mener. Tu veux que nous arrêtions le combat afin que vous fassiez de cette terre commune ce que vous voulez. Tu veux qu’on s’aplatisse pour qu’on continue à nous pisser dans la raie des fesses déjà beaucoup trop imbibées. Sans broncher. Tu veux qu’on se laisse enfiler sans lubrifiant et étouffer nos cris de martyrisés. Sans hurler. Tu veux, oui, nous savons que tu veux que nous renoncions à notre liberté, comme de vulgaires petits bâtards qui quémandent leur petit coin dans la maison d’un paternel foutrement dérangé. Nous savons que le foutu déjanté que tu nous as envoyé n’a pour mission que de nous déstabiliser, nous déséquilibrer, nous ébranler. Mais un conseil mon vieux : lève du pied. Décélère un peu.

Pour ne pas que tu finisses sur un pieu. Ici, nous sommes fixés dans le socle d’une conviction qui ne se dessoude pas au gré des vents de la première opportunité. Nous avons ici des culottes de chasteté, cadenassées, pour ne pas offrir aussi bassement notre intimité.

Oui parfois la peur peut nous faire battre le cœur si fort qu’on penserait qu’il va exploser. Oui, des fois le découragement a tendance à s’insinuer en nous certains soirs d’été. Oui, il arrive que l’on se mette de temps en temps à se questionner. Mais quand on pense à ceux qui sont tombés sur l’asphalte échaudée de Bambéto la sinistrée, quand on serre le moignon de ceux qui pour le reste de leur vie sont des éclopés, quand nos pensées dérivent vers ceux qui sont privés de leur liberté en toute illégalité, quand on regarde dans le noir lumineux de nos petites filles et de nos petits garçons trop tôt nés, on se dit que la lutte mérite encore d’être menée.

Nous n’avons pas choisi d’être de cette terre mille fois alarmée, tourmentée, terrifiée et écorchée. Nous sommes juste d’ici par la seule volonté d’un mauvais Seigneur foutrement bon Saigneur. Ça, je l’avais déjà tracé comme vérité tangible que personne ne peut nier. Alors il est hors de question que d’ici on soit chassé. Que cela soit bien compris par ceux qui jurent de nous résigner. Long et périlleux est le chemin de la liberté et de la dignité. Difficile et harassant est le parcours qui mène à l’honneur. Mais personne ne nous crachera à la figure juste parce qu’il tient arrogamment une gamelle et que nous avons faim. Nous tiendrons en face de lui toute la fière allure de notre taille pour exiger que nos droits soient respectés.

Une nouvelle victime de la liberté s’est inscrite sur le fronton de l’adversité. Parce que certains hommes et femmes refusent de se soumettre à la volonté d’un Prince qui ne veut pas que son autorité soit contestée. Dans les jours qui vont pointer, on dira encore que c’est la faute de celui qui est mort qui s’est laissé trépasser. On va dire que ce sont son parti et son Président qui doivent être interpellés. Des gros français on va causer. On va éructer. On va jaser. On va baver. Au bout du compte, tout le monde va s’en mêler empêchant l’âme du défunt de se reposer.

Chacun pensera qu’il a raison dans ces joutes médiatico-pisseux. Mais resteront deux questions à deux petites balloches et une quéquette dressée : Pour quelles raisons déjà Saïdou s’est-il retrouvé en prison ? Pourquoi n’a-t-il pas bénéficié de liberté provisoire quand sa santé s’est dégradée ? Quand vous y trouverez des réponses, faites-moi signe afin que je vous rende ma nationalité. En attendant, puisque même à vil prix personne au monde ne veut me l’acheter, je boucle ma caboche et je me tire !

Souleymane Thianguel Bah

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