
Le point de vue d’un sociologue (Deuxième partie)
Les difficultés politiques actuelles de la Guinée et les conflits qui émaillent la vie nationale sont-elles le fait de la diversité ethnique ? Dans cette longue réflexion, Dr. Alpha Amadou Bano Barry, sociologique et professeur d’université livre son point de vue.
Parce que l’ethnie est le prolongement de la volonté de l’homme de se situer envers les « Autres » humains avec lesquels il entre en contact. L’ethnie se situe donc sur la longue chaîne à partir de laquelle les hommes se différencient pour se situer par rapport aux « Autres ». Notre famille, notre tribu, notre clan, notre village, notre « nation » sont des cadres où nous pouvons développer notre solidarité. Ils sont, en partie, notre prolongement.
Continuons par une seconde vérité aussi simple que la première, nous sommes membres d’un groupe ethnique. L’homme naît et se développe et devient un humain au sein d’un ensemble que l’on désigne par famille. Pour s’humaniser, l’homme s’ethnicise, c’est-à-dire qu’il acquiert les valeurs et les règles de conduite d’une famille qui elle-même prolonge un lignage, un clan et une ethnie (un ensemble humain plus large que l’on peut désigner aussi par le mot de peuple).
Ce processus que je viens de décrire se nomme l’ethnicisassions, c’est-à-dire l’intériorisation des valeurs d’un groupe. Ce processus commence à l’enfance et se prolonge tout au long de la vie par la participation aux évènements de la famille (mariage, décès et autres activités sociales). Celle-ci est un processus par lequel l’individu, essentiellement durant les premières années de sa vie, acquiert une ‘’humanité’, celle valorisée par ceux qui l’ont socialisé.
Contrairement à une idée de sens commun (ce qu’on raconte dans les cafés, les maquis, les bus et les taxis), la naissance ne produit pas l’ethnicité (il n’y a pas de sang peulh, soussou ou malinké). L’ethnie ne se transmet pas par le sang. Elle est une construction sociale qui se confond à la socialisation. On peut donc dire qu’appartenir à un groupe ethnique est un fait social, non une donnée biologique: C’est par la socialisation que l’enfant intègre un groupe ethnique. Par la socialisation, l’individu apprend à éprouver des affinités avec les membres de son groupe. C’est donc par la cellule familiale, surtout par la mère et son contrôle, que se reproduit le groupe ethnique. Cependant, la socialisation n’a pas le caractère de permanence: l’identité ethnique des acteurs est parfois ‘’multiple’’ et souvent ‘’ éphémère’’. On peut même changer d’ethnie;
Pour être, chaque groupe donne l’illusion aux membres d’une origine lointaine commune, de destin identique et de valeurs meilleures que celles des autres. C’est ce sentiment développé et véhiculé qui consolide l’unité du groupe et renforce la solidarité. Chaque groupe fait croire que sa culture, la manière d’être et de vivre sont les seules valeurs respectables. Pourtant, il n’est pas rare de constater dans la même ethnie, l a pratique de plusieurs religions et des variations du phénotype et des ressemblances entre des individus appartenant à des ethnies différentes.
En réalité, les groupes humains (les ethnies ne sont rien d’autres qu’un groupe parmi les autres) sont semblables sur l’essentiel. Le mariage est le lieu privilégié pour la procréation, le système dominant est le patriarcat et la gérontocratie, la solidarité est valorisée ; bref les ethnies ont, pour l’essentiel, les mêmes valeurs. Les différences sont surtout le résultat des particularités historiques, démographiques et d’adaptation à l’environnement de vie.
Enfin, une troisième vérité simple. Les membres de deux ethnies, de deux peuples ne s’affrontent jamais parce qu’ils sont différents. La différence engendre plutôt de la curiosité et de la sympathie. Le conflit dit ethnique est, comme n’importe quelle autre forme de conflit, habituellement basé sur la rareté des biens et les menaces contre le bien–être des gens.
A suivre…
Une synthèse de Aly Badara Condé


