
Dans cette interview, le coordinateur d’Amnesty international en Guinée, Thierno Souleymane Diallo, souligne des avancées en matière des droits de l’homme en Guinée avec la promulgation du Code pénal et celui des procédures pénales.
Toutefois, l’activiste Thierno Souleymane Sow appelle de tous ses vœux à un nouveau Code civil en révision depuis une vingtaine d’années. M. Sow souhaite également que le procès du massacre du 28 septembre 2009 ait lieu en 2018.
Guinee360.com: L’humanité célèbre le 10 décembre de chaque année, la journée mondiale des Droits de l’homme. Comment cela se prépare à Amnesty international Guinée ?
Thierno Souleymane Sow: Nous avons anticipé la célébration de la journée mondiale des Droits de l’homme qui a lieu tous les ans le 10 décembre. Depuis une dizaine des jours, nous organisons des activités à travers tout le pays pour faire signer des pétitions, parler des défenseurs des droits de l’homme à travers le monde qui ont du mal à exercer leur travail de promotion et de protection des droits humains. C’est aussi une occasion, non seulement pour nous, pour sensibiliser, éduquer et en même temps promouvoir la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Quelles sont les différentes activités que vous avez menées ?
Le lancement de cette campagne que nous appelons Amnesty ‘’10 jours pour signer’’ c’est une campagne mondiale qui se passe dans plus de 160 pays. L’objectif c’est de collecter le maximum de signatures des pétitions, montrer notre solidarité vis-à -vis du défenseur des droits humains à travers le monde. En Guinée, nous avons commencé par des séries des conférences. Nous étions le 2 décembre à Labé et à Kankan où on a organisé des conférences sur la Déclaration universelle des droits de l’homme et surtout sur la liberté des manifestations pacifiques et la liberté d’expression. A Kankan, il y avait tellement du monde à l’université qu’ils ont demandé à refaire la conférence. Et c’est ce que nous avons fait le 4 décembre et au même moment, on avait une autre conférence à Nzérékoré. On a également organisé des conférences à l’Université de Sonfonia, et celle de Kindia. Et puis après, le dimanche 3 décembre, une course a été organisée à Mamou. Depuis le 2 décembre, nous faisons le tour des universités publiques et privées de Conakry où on tient des stands, de tables-rondes pour parler aux étudiants.
Quelle est la situation des droits humains en Guinée?
Il y a quand même des avancées qu’il faut reconnaître. En 2016, il y avait eu ce processus de révision des codes pénal et des procédures pénales. Les deux textes ont été adoptés par l’Assemblée nationale et promulgué par le chef de l’Etat. Il ne faut pas le nier, ce sont des avancées. Il y a évidemment, malgré tout ce qu’on peut dire, de plus en plus des manifestations pacifiques, même si on regrette toujours des morts. Il y a eu des morts lors de la grève des enseignants. Ce que nous demandons c’est que quand il y a des violations des droits humains c’est surtout qu’il y ait des enquêtes et une poursuite judiciaire. Pour ce qui est de la liberté de la presse, en dépit du récent événement, on n’a pas un journaliste en prison. On suit bien les procès qui vont se passer contre le journaliste d’Espace TV et celui de Gangan TV. Evidemment, il y a le dossier du 28 septembre que nous suivons attentivement et que nous espérons, vu que l’instruction est close, qu’il y ait un procès en 2018.
Faisant allusion à la manifestation récente des élèves, un député a demandé à l’Etat de «s’il le faut massacrer pour asseoir son autorité». Qu’est-ce que cela vous inspire?
Ce que nous demandons aux politiques, au gouvernement c’est surtout de tenir compte de leur personnalité. Nous tous, pas seulement les hommes politiques, devons toujours avoir des propos d’apaisement, d’appeler au calme, à la responsabilité et à la citoyenneté. Je n’ai pas suivi les propos, j’en ai vu sur les réseaux sociaux. Ce sont des propos qui pourraient être regrettables, mais cela n’empêche qu’il y a un apaisement qu’il faut continuer à sensibiliser pour qu’il y ait le respect des droits humains dans le pays.
Vous saluiez tantôt de la promulgation des textes juridiques, mais est-ce que c’est suffisant?
Non, cela ne suffit pas. C’est bien d’avoir des textes, mais il faudrait encore les respecter et les appliquer. Mais c‘est déjà un pas d’avoir des textes. Aujourd’hui, le Code pénal qui internalise les conventions et traités que la Guinée a ratifiés était une chose. Quand vous prenez le cas de la torture qui est maintenant criminalisée dans le Code pénal ainsi que la suppression de la peine de mort parmi les peines applicables en Guinée c’est une avancée. Quand on prend aussi le viol qui est criminalisé dans ce Code, on peut dire qu’il y a eu des avancées. Nous, en tant que ONG de défense des droits humains, on se bat pour qu’il y ait ces textes et en faire la promotion et appeler l’Etat à les mettre en œuvre et à les respecter. Il y a un autre texte que nous appelons de notre vœux c’est le Code civil qui est en révision depuis une vingtaine d’années. Quand vous prenez le Code civil en vigueur, on ne parle pas de l’autorité parentale, mais de la paternité où une femme mariée n’a pas le droit d’aller déclarer son enfant pour avoir un extrait de naissance. Nous espérons qu’en 2018, l’Assemblée nationale prendra sa responsabilité pour nous doter d’un nouveau Code civil.
Pour ce qui est de l’affaire du massacre du 28 septembre comment appréciez-vous le fait que certains inculpés sont toujours en poste dans l’administration et d’autres en dehors du pays comme Dadis Camara?
De toute façon, ce sont des personnes citées dans le dossier. Nous espérons que toutes ces personnes vont répondre devant la justice quand il y aura ce procès. Le capitaine Dadis, nous espérons qu’il viendra nous dire ce qu’il en sait de ce massacre du 28 septembre tout comme ceux qui sont dans l’administration.
Réalisée par Abdoul Malick Diallo
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