
Le point de vue d’un sociologue (Première partie)
Les difficultés politiques actuelles de la Guinée et les conflits qui émaillent la vie nationale sont-elles le fait de la diversité ethnique ? Dans cette longue réflexion, Dr. Alpha Amadou Bano Barry, sociologique et professeur d’université livre son point de vue.
« Pour aborder cette réflexion, commençons par des vérités simples. Les ethnies existent en Guinée et elles existeront pour très longtemps. Certaines des ethnies actuelles, ou qui se considèrent comme telles, n’existaient pas il y a de cela quelques siècles auparavant. D’autres ethnies se sont détachées par la migration et se sont différenciées dans le temps avec des groupes qui les englobaient hier : « du point de vue de l’ethnicité, il n’y a pas plus d’étranger que son voisin ». D’autres groupes enfin qui existaient jadis ont été absorbés au cours des siècles à travers les migrations, les cohabitations, les brassages et les assimilations.
Certains des groupes ethniques actuels qui existent avec les dénominations que nous connaissons seront-ils les mêmes dans les années à venir ? Rien n’est moins sûr. Parmi ceux qui existent, certains vont disparaître, d’autres vont s’agrandir, d’autres enfin garderont l’étiquette et perdront certains de leurs attributs. Bref, les ethnies sont comme un corps : elles naissent, se développent, meurt et renaissent pour certaines et disparaissent pour toujours pour d’autres.
Pour exister, un groupe ethnique doit se montrer différent, unique et parfois spécifique. Ce n’est jamais vrai, mais de l’intérieur du groupe, aucun ne peut croire et même accepter, qu’il est identique et même un prolongement historiquement datable de l’autre groupe. Les peulhs ne sont pas des fulakunda, les diakanka ne sont pas des malinkés, les koniankés aussi ne sont pas malinkés, l’exemple sont nombreux pour ne pas les citer tous. Pourtant, historiquement ces groupes sont identiques.
De sorte, on peut dire, le « Nous » se construit par opposition à « Eux ». Ce « Eux » est souvent le groupe le plus proche culturellement et linguistiquement. Parfois, quand ont est totalement identique à « l’Autre » », on se donne des « marqueurs visibles » pour se différencier de ceux avec lesquels on est identique. C’est ce constat que fait Daniel Juteau (1983 : 25) lorsqu’elle dit : « chaque groupe ethnique se constitue et se reproduit dans un double processus simultané de différenciation, d’accentuation des particularismes et de rapprochement, de convergence, avec tous les autres groupes ethniques avec lesquels il est en contact ».
Ceux parmi les Guinéens qui se réclament de telle ou telle ethnie le pensent et le sont. Leurs descendants à plus de deux ou trois générations seront-ils de la même ethnie qu’eux ? Ce n’est pas évident. Eux-mêmes ont-ils la même ethnicité que leurs ancêtres ? Non, pas toujours. Mais aujourd’hui, à l’instant T, chacun de nous connaît son ethnie et la revendique. Pourquoi ? »
A suivre…
Une synthèse de Aly Badara Condé

