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ELLES N’ONT QUE FAIRE DU 8 MARS, MAIS ELLES MÉRITENT HOMMAGE

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Elles n’ont que faire du 8 Mars, mais elles méritent hommage. Ces femmes poissonneuses défient froid et fatigue chaque jour…pour la seule survie de la famille.

 

Pagne fortement noué, le foulard soigneusement fixé sur la tête cache mal le visage marqué par le manque de sommeil. C’est pourtant le quotidien de Fatou Fall depuis bientôt 7 ans. C’est à 4 heures du matin qu’elle quitte son Yeumbeul, quartier situé en pleine banlieue dakaroise, direction le Marché central au Poisson. «Si je ne suis pas là au plus tard à 5 heures, c’est presque foutu pour cette journée, je ne ramasse que des miettes…», explique-t-elle.

Alors qu’on entend les mosquées appeler pour la prière de Fadjar, le marché se remplit de plus en plus de femmes qui arrivent, en grande masse, pour se ravitailler en poissons. Pour l’écrasante majorité, elles viennent de la banlieue et sillonnent les quartiers dits plus nantis. Le timbre vocal qui sort des salamalecs suffit pour comprendre que les femmes ne sont pas encore complètement réveillées. Il est bientôt 5 heures, les camions frigos ont fini d’accoster, les femmes qui somnolaient dans leur petit coin, se bousculent pour se procurer le poisson, au plus vite. La glace, qui entoure les caisses de poissons, ne freine en rien leur détermination d’être servi en premier. Finie la forte cohésion qui caractérisait les petites discussions en attendant les frigos. On ne se fait pas de cadeaux, c’est la bousculade devant les camions. «C’est comme ça tous les jours, chacun veut être servi en premier. Souvent, ça peut même conduire à des affrontements…», explique ce vigile qui contrôle les entrées et sorties.

Mais avant l’arrivée des camions frigos, les femmes, presqu’à l’unanimité, sortent, chacune, de leur nafa (petite sacoche nouée autour des reins), un liquide qu’elle se frotte jusqu’aux poignets. «C’est du beurre de Karité», explique une vendeuse de poissons. En effet, en tirant les caisses de poisson et en faisant le partage, les femmes plongent leurs mains dans de la glace. «Souvent, on va jusqu’à ne plus sentir nos mains, mais comment faire, on utilise le beurre de karité pour limiter les dégâts…», dit-elle.

Une vie de galère…

Un froid de canard continue de s’abattre sur le marché. Mais insuffisant pour freiner la volonté de ces femmes de gagner dignement leur vie. Mais au-delà de la bravoure, ce qui frappe le plus, c’est les fortes sommes que les femmes sortent de leur nafa pour acheter la marchandise. «C’est Dieu qui nous protège, il m’arrive de quitter chez moi avec plus de 50 000 francs. Je prends les cars rapides, souvent je suis la seule femme à bord, mais Dieu merci, je n’ai jamais connu d’agression ou quelque chose de ce genre…», explique Khady Guèye, active dans la vente de poissons depuis plus de 5 ans. En état de grossesse apparemment très avancée, cette dame continue pourtant de se démener comme une fille à la fleur de l’âge. Alors, pourquoi n’est-elle pas restée à la maison en attendant que sa grossesse arrive à terme ? «Si je ne me réveille pas à 4 heures du matin, mes 3 enfants et ma mère ne mangeront pas à midi…», dit-elle.

En effet, sur un ton résigné et teinté d’amertume, elle révèle vivre un tel calvaire depuis sa première grossesse. «Juste après mon mariage, mon mari a perdu son emploi, c’est ma mère qui vendait du poisson. Mais avec son rhumatisme, les médecins lui ont interdit cette activité. J’ai alors pris le relais. Tôt le matin, mon mari et moi sortons de la maison, lui va au Port et moi je vais au Marché de poissons…», confie la vendeuse préférée des femmes de Hann Maristes.

Toujours sourire aux lèvres, avec un sens de l’humour hors du commun, rien ne laisse deviner que cette dame garde autant d’amertume dans le cœur. «C’est vrai que c’est dur, mais quand je vois que ma famille mange décemment, mes enfants vont à l’école, j’arrive le plus souvent à gérer les ordonnances de ma mère, j’oublie même la dureté du travail…», dit Bator, sourire aux lèvres.

Mais le quotidien de cette dame est presque le commun de toutes les autres vendeuses de poissons. A déjà 6 heures du matin, le marché s’est presque vidé de ses plus fidèles occupants, direction les quartiers. A chacune, son coin privilégié. «Dès que je sors d’ici, je vais à la Sicap Liberté 5, j’y ai des clients très fidèles. Je sillonne le quartier jusqu’à 12 heures. Souvent, je vais même au-delà parce que si je n’arrive pas à écouler tous mes poissons, c’est compliqué.

Je paie pour qu’on me le garde au réfrigérateur. Le lendemain, je suis obligé de casser le prix parce que les femmes reconnaissent les poissons frais», narre-t-elle, les yeux rivés sur l’arrêt des cars rapides comme pour nous dire que le temps presse. Une fois la bassine chargée, un autre casse-tête attend ces braves dames. En effet, à l’heure où les voitures sont essentiellement sollicitées par d’autres types de clients ne supportant pas l’odeur du poisson frais, les femmes se voient rejetées par les apprentis. «On perd beaucoup de temps pour avoir une voiture qui nous transporte avec nos marchandises. Comme il y a d’autres clients… Et avec le poisson, ce n’est pas du tout évident. Certains apprentis nous font payer le double du tarif, d’autres nous rejettent tout bonnement…», se désole-t-elle. Et comme elles sont obligées de rallier leur lieu d’écoulement des marchandises, elles ont trouvé une solution adaptée aux moyens du bord.

«Depuis quelques temps, celles qui vont vers la même direction se cotisent et louent une charrette qui nous transporte avec nos marchandises. Par exemple, nous qui allons aux Maristes, nous prenons la même charrette, celles qui vont à Pikine, pareil», dit-elle. Après près de 7 heures de marche, avec une bassine pleine de poissons sur la tête, squattant les moindres coins et recoins des quartiers, l’heure du repos semble avoir sonné. Mais que nenni… En effet, c’est là que commence une autre partie de la journée. Les nombreux kilomètres parcourus ne semblent pas avoir atteint la volonté de ces femmes de subvenir aux besoins de leur famille, dont les trois repas quotidiens. «En rentrant, j’achète les légumes et autres. Une fois à la maison, je prépare le repas, souvent avec beaucoup de retard, mais on est habitué », dixit Amy Fall.

Quid du repos ? Elle confie que c’est après le repas qu’elle s’arrange pour avoir une à deux heures de sommeil. Pour cause, après le crépuscule, une autre activité l’attend. En effet, elle s’adonne au commerce de bouillie de mil. «Le repos, ce n’est pas pour nous. C’est pour ceux qui ont des comptes bancaires bien nantis», ironise-telle. Si certaines vont au marché avec une somme allant jusqu’à 50 000 francs, d’autres sont largement en-deçà. Amy Fall en est un exemple patent. «Je quitte chez moi avec 20 000 francs. Quand ça marche, je peux descendre avec plus de 5000 francs de bénéfice. C’est trop risqué de se procurer les poissons dit «de luxe». Souvent, on a du mal à les écouler ; le cas échéant, on est foutu. Parce qu’on est obligé de les revendre à perte. C’est pourquoi, je me contente des poissons de qualité moyenne que je suis sûre de pouvoir écouler…», dit-elle. Même si elle reconnait que ce n’est rien par rapport à la peine endurée, elle estime que cela permet de joindre les deux bouts et entretenir la famille, en toute dignité. Mais les choses pourraient encore mieux se passer si les clients payaient les dettes à temps. En effet, quand elles n’arrivent pas à écouler leurs poissons à la fin de la journée ou quand une fidèle cliente est dans le trou, les vendeuses de poissons cèdent leurs produits à crédit. «Souvent, je passe récupérer mon argent, mais à l’entrée on me fait comprendre que ma cliente est sortie ou est en train de dormir. Cela se passe comme ça pendant plusieurs jours et ça porte un gros coup à mon commerce. Souvent, on me dit même qu’elle a voyagé alors qu’une des mes collègues l’a aperçue juste avant…», poursuit Dieumb Ndiaye. Elle aussi, mère de famille, Fatou Sy révèle que sa chance, c’est d’avoir des enfants assez grands. En effet, veuve, elle est la seule à gérer la nourriture de ses enfants. «S’ils ne me voient pas jusqu’à 13 heures, ils vont à l’école sans manger. Ils comprennent que je n’ai pas réussi à écouler mes poissons assez tôt. Je me bats pour les maintenir à l’école, je veux qu’ils y réussissent. Souvent, il arrive que mes clientes me donnent des restes de repas que je ramène à la maison », explique-t-elle, la mine triste.

Journée mondiale de la femme : Et après ?

Chaque 8 Mars, est célébrée la Journée Mondiale de la Femme. Si dans beaucoup de secteurs d’activités, la journée a une connotation assez spéciale, ce n’est pas le cas chez les femmes vendeuses de poissons. En effet, beaucoup d’entre elles estimaient, jusque-là, que la Journée était dédiée aux seules femmes évoluant dans des bureaux. «Au lieu de dédier une journée seulement aux femmes, le mieux serait de les trouver dans leurs secteurs d’activités et essayer de les aider à s’en sortir. Et puis, je pense que la femme mérite plus qu’une journée…», explique Dieumb Ndiaye. Mais, ce qui frappe avec cette dame, c’est juste qu’au moment de l’entretien, elle n’avait même pas conscience de l’existence d’une telle journée. C’est après explications qu’elle se fait une petite idée. Et c’est parti pour les suggestions… D’un autre ton, Fatou Guèye, bien enveloppée dans son voile, dit se rappeler l’époque où des tissus étaient distribués aux femmes à l’occasion de cette journée. Mais selon elle, les autorités ont donné à cette journée une connotation politique. «Pour parler des problèmes des femmes, une journée ne suffit pas. Les femmes fatiguées ne sont pas dans les bureaux, elles sont au marché, dans les villages pilant le mil, c’est celles qui méritent qu’on s’interroge sur elles… De toute façon, moi, ça ne me fait absolument rien. C’est vous qui me l’avez rappelée d’ailleurs», conclut-elle.

Source : reussirbusiness.com

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