
Cette fois, pas de doute que nous sommes au bord du précipice dans lequel ils voudraient que nous nous précipitions. Cette fois, la cloche satanique a retenti dans nos coeurs sans que nous nous en apercevions.
Cette fois, l’humanité a déserté nos maisons hantées d’animalité hâtée qui danse en nous de la plus exubérante des façons. Cette fois, je commence à apercevoir la queue de la paix qui s’éloigne au loin nous abandonnant à notre déraison. Cette fois, le dubitatif qui siégeait dans le fondement de ma petite raison a foutu le camp avant que le sang de ses frères ne macule son bel horizon. Cette fois, c’est au fanfaron de diable que mes frères ont piqué leurs jurons pour le macabre spectacle que jamais nous ne voulions. Cette fois, oh oui, cette fois la fraternité s’est faite labourer l’abricot par de ramollies couilles en nous plantant comme de vulgaires couillons. Cette fois, oui, c’est une malheureuse fois où elles se précipitent nos malédictions, parce que nous portons aux frères le coup fatal de la destruction. Oh abjecte famille dont le frère trucide le frère à coups de lames sans aucune lamentation. Abjecte maison où le père tourne le dos aux enfants qui s’étripent sans aucune hésitation. Cette fois, oh oui j’ai bien senti que nous franchissions le rubicon. Tissu social en fragilisation, cohabitation sociale en détérioration.
C’est notre petite bombe à fragmentation en fabrication. Il y a longtemps me direz vous que nous connaissons la chanson. Meurtres arrimés, sanglés aux chevilles d’une impunité qui nous a cloîtré dans son tourbillon. Assassinats chevillés aux pattes d’une protection étatique qui nous a tourné le talon. Les injustices sont ici légions et les frustrations reviennent encore et encore à la vitesse d’une toupie en diabolique rotation. Ces vies raccourcies dans nos quartiers et nos régions, c’est la marque d’une justice en pleine démission. Réveillons-nous frères et soeurs de larmes et de résignation. C’est le temps, le moment de la restauration de notre fraternelle communion. Par le fardeau de la manipulation et de l’instrumentalisation, avons-nous oublié que ces flammes que nous attisons seront ce brasier qui n’aura de répit qu’en nous consumant à l’unisson? Oui, à défaut d’être unis dans la chaleur du bonheur gorgé de cette satisfaction, nous le serons dans la froideur de la disparition sans distinction.
Par les temps qui courent dans notre commune maison, l’ange de la mort a décidé d’avoir chez nous des velléités de sédentarisation. Ici, il fait ces temps-ci la plus belle des moissons. Parce que nous avons accepté de lui faciliter sa macabre vocation. Tous les jours, ils ricanent de notre irresponsabilité et de notre mépris de la vie humaine frappée de la plus simple des banalisations? Où sont-elles nos consciences de la richesse de nos différences qui font valdinguer nos piègieuses suspiscions? Où sont-elles chansons et danses de cohabitation qui ramènent vers nos disputes aux lueurs de purification. Où sont-elles ces mémoires collectives qui gardent jalousement ces belles histoires de nivellement de nos cloisons? Que nous veulent-elles enfin nos fratries en mauvaise mutation? Où voulez-vous aller frères du nord et du sud, de l’est et de l’ouest en voulant faire l’économie d’une véritable réconciliation? Où es-tu père de ma nation en démolition? Pourquoi frappe-tu tes faibles rejetons qui quémandent un peu de ta considération. T’es certes l’Alpha, mais aussi l’oméga de notre réhabilitation et de notre sanctification. Ton silence assourdissant face à toutes âmes en perdition est la plus terrible des sanctions que tu pouvais infliger à notre résignation. Tes enfants cher daron, si tenté qu’ils sont tes enfants voyons, si ce ne sont pas de petits batards pondus d’une inacceptable fornication, ces faiblards d’électrons en ont assez de ta renonciation. Ta terre a assez pleuré de ces multiples triturations. Elle n’a plus de poussière pour remblayer les foultitudes tombes qui la déchirent à perpétuation. Réveille-toi somnabulique père en péremption. Il est temps de rassembler au-delà de la visible « floraison », de tes préférences et de tes habituelles affections. Il est temps enfin d’écrire cette page de rapprochement que de toi tous nous attendons. Il est temps que tu t’élèves au-dessus de cette mêlée en ébullition, pour y déployer toute ta républicaine attention. Il est temps, oh oui qu’il est temps d’entrer dans l’histoire non pas par de dérobés portillons, mais par le grand portail qui fera scintiller ta réputation de milliers de lampions. Par dessus tout, je sais qu’il est temps que tu fasses taire les lamentations et les tensions, bâillonner les stigmatisations et les divisions. Même si ce sont que de simples sentiments d’exclusion, tu n’as que trop tardé pour éliminer ces représentations qui pourrissent nos séculaires relations. Quand une partie des enfants ne se sent pas comme faisant partie de la maison, il est du devoir du chef de famille de lui offrir le chemin de la réintégration. Le rassurer, le dorloter, le protéger même par une positive discrimination. Pourtant ici, ceux qui se sentent exclus au fond cherchent les meilleurs prétextes pour sortir de leurs gonds. La colère qui sourde en eux enfante souvent des plus violentes manifestations, chiant à leur tour des plus énergiques des répressions. Les mêmes causes pissant les mêmes effets et les mêmes afflictions, la déchirure devient tous les jours plus profonde pour finir par de nouvelles formes de profanation. Égorgé vif par des sans galons, découpé à la machette comme un morceau de dindon, fosse commune sans pierre tombale de renom et abattu froidement dans son salon, tels sont les requiem qui s’élèvent de nos médias et de nos demeures en émulation. Il est temps que s’arrêtent toutes ces préjudiciables gesticulations pour qu’enfin je ferme ma gueule et je dégage!
Soulay Tchia’nguel

