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Guinée: Kadija Naïma Touré « Briser les tabous et le silence sur les abus sexuels contre les enfants »

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Kadija Naïma Touré est une jeune militante guinéenne vivant entre Conakry et Minneapolis, Usa. Elle a fait des études de Relations Publiques avec une concentration sur l’Investissement et la Responsabilité Sociale des Entreprises à L’université Métropolitaine du Minnesota.

À travers son Ong le « Projet Ecoute », elle prévient les traumatismes de l’enfance qui sont directement reliés aux comportements sexuels à risques, aux grossesses non désirées chez les adolescentes et aux mariages forcés d’enfants.  Rencontrée au sommet des jeunes leaders à Ottawa (26 septembre au 1er octobre 2016) elle répond à nos questions.

Vous venez de participer ici à Ottawa au sommet One Young world. Qu’est-ce que cette rencontre internationale vous a apporté ?
J’ai effectivement assisté et participé au sommet One Young World et j’aimerais tout d’abord dire que pour moi ce fut un immense honneur. À Ottawa j’ai pu rencontrer de jeunes leaders, responsables et activistes qui avaient en commun un intérêt fort pour l’amélioration de la cause humaine dans des domaines variés. J’y ai aussi pu entrer en contact avec des personnalités de stature mondiale et pu leur parler de mon organisation. J’ai pu ainsi partager avec des centaines de personnes, le message de mon ONG, qui est un message de lutte contre les traumatismes de l’enfance, contre les violations des droits des enfants et qui soutient l’émancipation des filles en Afrique. C’est donc forte des perspectives de ces conseillers d’envergure que j’y ai rencontrés, que je me retrouve maintenant après le sommet prête à partager mes nouvelles connaissances et à affronter de nouveaux défis.

En Guinée, vous dirigez le projet Ecoute, pouvez-vous nous en parler ?
Le Projet Ecoute est une Ong active officiellement depuis 2014 qui a pour mission de sensibiliser largement les communautés guinéennes et africaines aux problèmes que sont les abus sexuels contre les enfants dans les contextes de l’Afrique.

Nous fournissons donc des moyens et des outils d’information dirigés vers les enfants et parents, nous éduquons nos communautés, ouvrons et permettons la communication autour d’un tabou qui se doit d’être à découvert. Concrètement ce que nous mettons à la disposition de nos communautés est un programme complet de prévention qui comprend un guide pour en apprendre plus sur les abus sexuels sur enfants intitulé “Pour qu’on en parle”, un livre de coloriage et guide “Mam’Natou, Bocar et Bijou vont à la plage” ou l’on aborde les thèmes de « parties privées  » , « les bons secrets contre les mauvais secrets « , « les adultes de confiance » etc., des posters dans les écoles, hôpitaux et nous espérons bientôt dans plus d’espaces publiques affichant des messages d’autoprotection pour les enfants pour créer un sentiment de familiarité sur ce sujet, inviter au dialogue .

Votre pays est donc confronté comme les autres aux abus sexuels contre les enfants, que fait l’Etat pour la protection des enfants en matière de lois, d’encadrement et sécurité?
Globalement il existe très peu de données et statistiques sur le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles, à cause de cela, il est donc difficile pour le gouvernement de réaliser à quel point ce problème est important et l’étendue du fléau. Il passe au second plan face à disons la scolarisation des enfants, en oubliant malheureusement que la sécurité d’un enfant est la vraie clé de son avenir et par là je veux dire même de son aptitude à réussir à l’école. On ignore souvent que les traumatismes de la petite enfance chez les femmes sont directement liés à des comportements futurs qui affecteront négativement leur santé physique, sexuelle et mentale.

L’Etat guinéen a mis en place des structures tels que l’Office de la protection du genre, de l’enfance et des mœurs situé dans la capitale, une direction nationale de l’enfance et nous avons également des lois dans notre constitution censées garantir la protection des enfants et poursuivre en justice les pédocriminels. L’article 321 du code pénal guinéen mentionne que le viol ou la tentative de viol sera puni par réclusion criminelle de 5 à 10 ans et l’article 324 cite que “tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence sur la personne d’un enfant de l’un ou de l’autre sexe âgé́ de moins de 13 ans sera puni de la peine de réclusion criminelle à temps de 3 à 10 ans. Si le coupable est un ascendant du mineur ou une personne ayant autorité́ sur lui ou s’il a été́ aidé dans l’exécution de son crime par une ou plusieurs personnes, la peine encourue sera celle de la réclusion criminelle à temps de 3 à 20 ans.” 

La Guinée est aussi signataire de la Convention Internationale des Droits de l’enfant. Je souligne par contre qu’aucune de ces structures n’est spécifique à l’aide aux enfants victimes d’abus sexuels et ne fonctionne au niveau auquel on souhaiterait, que ces lois existent mais ne sont pas implémentées, il y a un réel problème d’impunité.  

Quelles sont les actions que le projet Ecoute a menées avec succès ?
Au départ le projet Ecoute a commencé avec un petit objectif, de fournir à 200 enfants et parents guinéens les moyens d’autoprotection et de protection contre les violences sexuelles, mais une vision grandiose de créer une Guinée et une Afrique libre de ce genre d’abus. Nous considérons comme l’un nos plus grands accomplissements à présent avoir affecté plus de 4000 enfants Guinéens en 2 ans. Notre combat a retenu l’attention d’institutions locales et internationales, par exemple nous avons reçu une lettre de reconnaissance du ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation pour nos efforts contre les violences sexuelles en milieu scolaire. Nous avons aussi été invités à rejoindre des communautés, organismes et réseaux dont “Women Deliver” et “Girls, not Brides” (Filles, Pas Épouses) qui se battent principalement pour les droits des femmes et filles et leurs émancipations.

On dit que l’argent est le nerf de la guerre, d’où viennent vos financements ?
Nous gérons l’organisation sur un budget serré, perpétuellement sous-financé. Il est impossible pour nous d’avoir des employés salariés à plein temps. Je porte moi-même plusieurs chapeaux pour que l’Ong continue de bien fonctionner. Nous organisons périodiquement des crowdfunding sur les plateformes en ligne et aussi des ventes de produits comme les poupées du Projet Écoute pour générer des fonds. Mais nous avons de nouvelles perspectives de financement et nous espérons qu’elles vont se manifester bientôt. Nous pourrons ainsi élargir nos services et les offrir à la majorité des enfants et parents de Guinée, mais aussi aller au-delà des dons d’outils de préventions (nos livrets, guide etc.) Nous souhaitons nous impliquer aussi dans la construction même des infrastructures qui diminuent les risques de victimisation des enfants par exemple des toilettes saines dans les écoles ou des maisons de refuges etc. Avec assez de financement nous pouvons aussi conduire des recherches approfondies sur les abus sexuels et leurs conséquences dans la sous-région.

Quelles sont vos perspectives ?
Au début de cette année au Projet Écoute nous avons décidés d’inclure principalement les jeunes enfants orphelins de la récente crise d’Ebola en Guinée dans nos prochains ateliers. Plusieurs de ces orphelins sont aujourd’hui placés dans des familles d’accueil, ils courent également le risque d’être exploités sexuellement au sein de leurs nouvelles familles. Nous considérons donc ces enfants d’autant plus vulnérables aujourd’hui, car leur statut d’enfant “d’autrui” légitimise en quelque sorte leurs abus aux yeux de leur abuseur en lui garantissant l’impunité.

Pour finir j’appelle les lecteurs sénégalais et de l’Afrique toute entière à s’informer sur  les abus sexuels contre les enfants dans le contexte africain.

Propos recueillis par Ibrahima MBODJ | Avec LeSoleil.sn

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