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Libye: Saif Al-Islam Kadhaffi libéré

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Libye – Saïf Al-Islam Kadhafi, le 23 août 2011, lors de la chute de Tripoli aux mains des troupes rebelles.
Safia Farkash, veuve de Mouammar Kadhafi, semble avoir reçu de bonnes nouvelles pour l’Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan. Mercredi 6 juillet, France 24 a annoncé, par l’intermédiaire de l’un des avocats de Saïf Al-Islam Kadhafi, que son fils est désormais libre.

Le dauphin putatif du Guide libyen était détenu par une milice de Zintan, depuis sa capture en octobre 2011, après la chute du régime. L’information a été confirmée au Monde par Khaled Zaydi, un autre avocat de Saïf Al-Islam, qui précise que M. Kadhafi serait libre « depuis avril ».

Selon Me Zaydi, l’ancien ministre de la justice libyen a ordonné sa libération le 10 avril. Deux jours plus tard, le chef d’une des plus importantes brigades de Zintan, Al-Ajmi Al-Atriti, aurait effectivement libéré le précieux détenu. « Il a été libéré mais je ne peux pas vous dire où il est », ajoute un proche du dossier.

Selon plusieurs sources, Saïf Al-Islam Kadhafi circule librement à Zintan depuis septembre 2015. D’autres affirment qu’il y possède « une maison confortable, où il vivrait avec une nouvelle épouse et leur fille de 3 ans ». Pas tout à fait libre, mais loin du récit alarmiste de ses conditions de détention relayé par ses soutiens après sa capture.

La Libye, un pays fracturé

Cette libération surprise, qui n’a pas pu être vérifiée ni par une source officielle libyenne ni par des images récentes, renvoie à la fracture du pays entre deux gouvernements, l’un installé à Tripoli, l’autre dans l’Est (à Bayda, près de Tobrouk), et donc deux systèmes judiciaires concurrents. En dépit de l’annonce de la formation d’un gouvernement national, le 30 mars, la division dure depuis 2014.

Jugé avec trente-sept autres figures du régime par un tribunal de Tripoli, l’ancien numéro deux du pouvoir libyen avait été condamné à mort le 28 juillet 2015, mais la peine n’a pas été exécutée. Et pour cause : la milice de Zintan le détenait en dehors de tout cadre légal et a toujours refusé de le remettre à la justice.

Deux mois plus tard, le Parlement de Tobrouk, « reconnu par la communauté internationale » mais pas par le gouvernement concurrent de Tripoli, votait une loi d’amnistie. Elle s’applique aussi à la famille Kadhafi, assurait un avocat de M. Kadhafi, lors d’une conférence de presse à La Haye, fin juin.

Une « carte politique »

Mehdi Bouaouaja, l’avocat tunisien de Baghdadi Ali Al-Mahmoudi, l’ancien premier ministre de Kadhafi condamné à mort en compagnie de huit autres dirigeants libyens par la cour spéciale de Tripoli le 28 juillet 2015, met en garde contre l’emballement autour de la « libération » de Saïf Al-Islam Kadhafi.

La même source affirme que ce dernier n’était pas en détention mais « en résidence surveillée », et surtout qu’il constitue une « carte politique entre les mains des Zintanis, qui ne le laisseront pas quitter la ville ».

Aux yeux des autorités judiciaires libyennes de Tripoli, cet affranchissement n’aurait aucune valeur juridique. Le « gouvernement d’union nationale » dirigé par le premier ministre Faïez Sarraj est activement soutenu par les Nations unies (ONU) et les capitales occidentales. Légaliste, ce nouveau cabinet a débarqué à Tripoli, le 30 mars.

D’après Mehdi Bouaouaja, le ministère de la justice s’estime comptable du jugement du 28 juillet 2015. Cette condamnation fait d’ailleurs l’objet d’un pourvoi en cassation auprès de la Cour suprême, qui ne s’est pas prononcée, rappelle l’avocat qui réclame la libération de son client, Baghdadi Ali Al-Mahmoudi, premier ministre au moment du déclenchement de la guerre civile. « Si Saïf Al-Islam est libéré, mon client doit l’être aussi. »

Fragile réconciliation nationale

« Toute cette affaire est étrange, résume pour sa part Mattia Toaldo, spécialiste de la Libye à l’European Council on Foreign Relations. Il est certain que Saïf Al-Islam peut jouer un rôle politique dans l’éventualité d’une grande réconciliation nationale, entre anciens kadhafistes et révolutionnaires. »

Le chercheur italien note que même les autorités – civiles et militaires – de Misrata « reconnaissent la nécessité de panser les plaies encore ouvertes de la guerre civile de 2011 ».

Ville martyre durant la guerre, en 2011, Misrata s’est imposée depuis comme une cité émergente. Relativement prospère, connectée au commerce international et notamment avec la Turquie, cette cité portuaire fournit, de plus, les meilleures troupes qui combattent la franchise libyenne de l’organisation Etat islamique (EI).

Ces mêmes soldats encerclent, à Syrte, les djihadistes affiliés à l’EI. « Les anciens kadhafistes ne se sont pas ralliés massivement à Daesh, comme les anciens partisans de Saddam l’ont fait en Irak. Au contraire, certains ont choisi de rejoindre l’Armée nationale libyenne, à Benghazi, sous l’autorité du général Khalifa Haftar », ajoute Mattia Toaldo.

A Moscou, le ballet des responsables de camps opposés sur le terrain, alimente les spéculations d’un rôle grandissant de la diplomatie russe. Fin juin, le général Khalifa Haftar et le vice-président Ahmed Maïtig se sont succédé à quelques heures d’intervalles, pour des entretiens officiels avec des responsables du ministère des affaires étrangères et du conseil de sécurité de la Fédération de Russie. Le premier voue une rancœur féroce aux islamistes, Frères musulmans compris, qui soutiennent le second.
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