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Guinée : Les étudiants de Kindia galèrent, les encadreurs se plaignent, le Rectorat réagit

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Guinée: Le centre universitaire de Kindia limité à Foulaya (7 Km) du centre ville, a un effectif de plus de 8 000 étudiants, selon la responsable du service de scolarité. Il dispose de 14 départements repartis en quatre facultés : « faculté des sciences, faculté des sciences économiques et de gestion, faculté des sciences sociales et la faculté des langues et lettres ».

Créée en 2006, cette institution d’enseignement supérieur reste confrontée à d’énormes difficultés : manque d’infrastructure, pléthore dans les salles de classes, insuffisance d’enseignants qualifiés, bibliothèque mal équipée et non à jour, insuffisance de matériels de labo, manque de logements et moyens de transports pour les étudiants, leur accès à internet limité, retard et insuffisance de leur bourse d’entretien, sont entre autres problèmes évoqués.

Les responsables et acteurs à tous les niveaux de ladite université sont au courant de cette « triste réalité » qui, pour certains, n’est pas spécifique qu’à Foulaya.

 » L’université de Foulaya c’est la dernière université née, informe le Doyen de la faculté des sciences, le Pr Saliou Kaby Diallo.

Selon lui, l’Université de Foulaya est née des vestiges d’une école préparatoire des grandes écoles d’ingénieurs. « Donc, les moyens font défaut. On se bat, mais c’est insuffisant. Dans le domaine des sciences des nouvelles technologies, on a beaucoup de difficultés. Parce que qui dit science, dit d’abord expérimentation, dit laboratoire. Et ce sont des débris de labo que nous disposons. Là encore, il y a des carences. En ce qui concerne les sciences de la chimie par exemple, nous utilisons les vestiges que nous avons pour donner les éléments de base aux étudiants. Ils n’ont jamais fait de pratique. C’est ici, pour la première fois qu’ils voient un microscope, qu’ils voient un manomètre, donc tout fait défaut ici. Nous sommes obligés de les donner tous les rudiments de base. Pendant ce temps, ailleurs, il y a déjà un minimum de base dans les lycées techniques. Une fois à l’université, pour eux, c’est le perfectionnement« , explique le Pr Diallo.

Cette  narration est appuyée par l’éclaircissement d’un des enseignants de l’Université de Kindia, le Dr Bah Boubacar Sidy, chef de département de Biologie. Dans le laboratoire du département, situé au 2ème étage d’un des immeubles du campus, on a pu constater la présence d’un congélateur, de microscopes, des tubes à essai, des portes tubes, et d’autres accessoires.

« On dispose d’une dizaine d’appareils microscopiques destinés à aider les étudiants à voir des objets invisibles à l’œil nu. Mais ils sont nettement insuffisants parce c’est dix machines pour 100 étudiants par groupe pédagogique.  Et nous avons 5 groupes pédagogiques. Pour faire le travail pratique, nous subdivisons les groupes pédagogiques en groupes de travail de labo, soit 25 étudiants par groupe de travail de labo. Ils font un roulement. Chaque groupe passe pour 2 heures de pratique. Ce qui fait que par semaine, le groupe ne passe qu’une fois à la pratique. Nous sommes conscients que ce manque à gagner a une influence sur la qualité de leur formation. Nous aurions voulu que les étudiants aient suffisamment du temps pour les travaux pratiques, mais si les conditions sont telles, il est difficile d’envisager autre chose. Nous sollicitons une augmentation du nombre d’appareillage afin que les étudiants puissent passer plus de temps de pratique au labo’’, a plaidé l’universitaire.

Ce n’est pas tout. Pour une université de 8000 étudiants, la bibliothèque ne dispose qu’un magasin de cinq rayons de documents. Clairement insuffisants par rapport à la demande. ‘’Nous avons un manque criard de documentation.  Si les étudiants ont besoin d’ouvrages, ils viennent prendre, et ils consultent sur place. Ils ne peuvent pas aller avec à la maison. Seulement les professeurs chargés des cours sont habilités à partir avec un document pour préparer la leçon. Ce, pour 72 heures au maximum’’, confie Bakary Keita, chargé de l’accueil, prêt et situation de la documentation à la bibliothèque universitaire.

Faute de manger, des étudiants abandonnent les cours

Les étudiants eux, en plus de ces problèmes évoqués, éprouvent d’autres difficultés. Antoine PIVI, étudiant, Licence 3, Philosophie, concentration philosophie politique, raconte sa mésaventure. ‘’Ma première année à Foulaya n’a pas été facile. Les conditions de vie des étudiants sont précaires parce que quand je suis venu au début, je ne connaissais personne, et personne ne me connaissait. Alors, l’intégration était  compliquée. Sur le plan éducatif aussi, les étudiants ont des difficultés parce certains professeurs ne donnent pas les plans des cours. Pourtant, avec le système LMD, le prof ne donne que 25% de cours, les 75% c’est à l’étudiant de travailler. Sur le plan économique, certains étudiants n’arrivent pas à surmonter les problèmes de logement et de manger. Ce qui fait que beaucoup n’arrivent à aller jusqu’au bout des trois années universitaires. Ils abandonnent parce que les conditions de vie sont insupportables. Nous bourses d’entretien viennent par trimestre. Est-ce qu’on peut attendre trois mois pour manger, se déplacer pour venir étudier ? Je dis non’’.

Côté personnel et infrastructures, Doyen de Fac et étudiants sont unanimes. ‘’Qui dit université, dit d’abord enseignants. La première des choses, nous voulons qu’il y ait la perfection du personnel enseignant. Que les jeunes qui sont là, qu’ils se forment pour prendre la relève. Par rapport aux équipements, nous voulons qu’on améliore nos équipements. Cette année universitaire (2016 – 2017) en sciences, nous avons reçu près de 1000 étudiants pour des infrastructures qui sont très vétustes. 14 groupes pédagogiques pour 5 salles de classes. C’est nettement insuffisant. Nous avons sollicité auprès du rectorat pour qu’on construise des infrastructures, des amphithéâtres. C’est indispensable’’, martèle le Doyen Saliou Kaby Diallo.

 ‘’Nous avons des problèmes d’enseignants qualifiés. Vous verrez à Foulaya ici des professeurs qui n’ont que la Licence et qui donnent des cours à des étudiants qui font la Licence.  Mais ça ne va pas ! Il faudrait que le rectorat trouve des Professeurs qui ont le Master ou le Doctorat pour enseigner. Si non, on va former des étudiants chômeurs qui n’auront pas le niveau. En plus, dans les salles de classes, il y a la pléthore. Des infrastructures dignes d’accueillir des étudiants doivent être construite pour mieux améliorer la situation universitaire à Kindia’’, préconise Antoine PIVI.

Ces appels sont entendus par le premier responsable de l’université de Foulaya. Le Dr Jacques Kourouma, Recteur de l’Université a pour ambition dans les prochaines années, construire deux amphithéâtres d’une capacité de 500 à 600 places chacun. Il dit comprendre le cri de cœur des enseignants. ‘’Je comprends leurs difficultés et leurs inquiétudes. Mas changer la mentalité ce n’est pas facile. Les gens ont pris une certaine habitude, il est difficile de s’en départir. Je leur demande un effort d’accompagnement pour que cette université soit la meilleure ou l’une des meilleures universités de la Guinée. »

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