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Guinée: “Le pays n’est pas gouverné, l’État est déliquescent”, selon Alpha Saliou Wann

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Le président de l’Alliance des Forces Démocratiques (AFD) a accordé une interview exclusive à la rédaction de Guinee360.com le lundi 2 janvier 2017. Au cours de cet entretien Monsieur Wann a parlé entre autres de sa formation politique, de l’éventuel report des élections communales, de l’accord politique du 12 octobre 2016, les scandales notamment miniers impliquant le président Alpha Condé et certains de ses proches, la recrudescence de l’insécurité, l’arrestation de Toumba Diakité à Dakar.

Guinee360.com: Les élections communales étaient annoncées en février 2017 mais on se dirige vers un nouveau report. Quel est votre avis sur ce sujet?

Alpha Saliou Wann: Je vous remercie pour l’interview et j’en profite pour vous souhaiter à vous et à vos équipes ainsi que vos lecteurs, mes Meilleurs Vœux pour 2017. A mon avis le pouvoir ne veut pas organiser les élections locales. N’oubliez pas que cela fait six ans de blocage. Je crains que ces élections ne se tiennent cette année.

A votre avis, peut on dire que l’opposition s’est fait avoir en faisant confiance à Alpha Condé après les échecs des précédents dialogues?

C’est un sujet qui concerne tous les Guinéens au-delà des partis car c’est notre souveraineté qui est confisqué, notre droit constitutionnel de choisir nos représentants. Ce n’est nullement un spectacle entre le pouvoir et l’opposition où le public se comporte en spectateur. C’est à nous de réclamer nos droits à élire nos représentants locaux. Les élections locales représentent le cœur de la démocratie de proximité où le lien entre les élus et les citoyens sont plus forts.

L’opposition menace de reprendre les manifestations de rue si l’accord politique du 12 octobre 2016 n’est pas respecté. Qu’en pensez-vous?

C’est un mauvais accord qui ne mérite pas qu’on se batte pour son application. Moi je préfère plutôt qu’on exige le respect de la Constitution et des lois de la République.

Que pensez-vous de la façon de désigner les chefs de quartiers et districts?

Non, les conseillers de quartiers et de districts ne sont pas à désigner, mais ils doivent bien au contraire être élus conformément à l’article 2 de la Constitution. Dès l’annonce par la presse du point 2 de l’accord et avant même sa signature, j’ai réagi pour dire aux partis de l’opposition impliqué dans le dialogue de ne pas accepter cette proposition de la mouvance qui viole la Constitution en son article 2. On nous parle d’élection indirecte, mais c’est faire fi de l’article 2-3 qui dispose : Le suffrage est universel, direct, égal et secret. Il n’y a aucune ambiguïté d’interprétation de cette disposition, l’élection des conseillers de quartiers et de districts doit être obligatoirement directe. Maintenant, ils disent prendre acte de la complexité et des difficultés liées à l’organisation des élections dans les 3.763 quartiers et districts du pays, donc ils suppriment leur élection et les désignent au prorata des résultats obtenus dans les quartiers/districts par les listes de candidatures aux élections communales. Ils n’ont pas cherché à réfléchir pour trouver une solution adéquate sans violer la Constitution. En fait, c’est l’article 85 du Code électoral qui organise le dépouillement des votes par la mise en place dans toutes les circonscriptions électorales d’une commission administrative de centralisation(CAC) présidée par un magistrat. Comme le quartier et le district sont des circonscriptions, il faut dans ces conditions mobiliser 3.763 magistrats. Vous voyez bien que le législateur a perdu de vue l’inapplicabilité de cette loi. Il suffit simplement de modifier cette loi en ramenant les commissions administratives de centralisation des votes au niveau des cinq communes de Conakry et des 33 chef lieux de préfectures comme pour les élections présidentielle et législatives. C’est la partie réglementaire de la loi qui est affectée ici.  C’est la solution retenue par certains pays africains comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. J’ai proposé un texte d’amendement de l’article 85 inspiré d’ailleurs du code électoral du Sénégal. Une fois cette contrainte juridique levée, ils peuvent sans difficultés coupler les élections communales et de quartiers où l’électeur utilisera deux bulletins de vote ( pour les communes et les quartiers ou districts) comme aux élections législatives ( liste nationale et uninominale). D’ailleurs, on a même pas besoin de centralisation, car un bureau de votes est installé dans chaque quartier et district et donc le résultat est connu sur le champ par les citoyens. S’ils sont de bonne foi, la solution est toute trouvée, ils doivent nous éviter la violation de notre Constitution.

Comment se porte votre formation politique?

C’est une nouvelle organisation politique sur la scène politique, nous travaillons dure pour gagner notre place et transmettre notre message politique à nos compatriotes.

Ces derniers temps, l’insécurité a pris une allure inquiétante à Conakry et à l’intérieur du pays. Les cas les plus récents sont l’attaque contre le préfet de Coyah à son domicile privé, l’assassinat d’une mère de famille à Tombolia dans la commune de Matoto en banlieue de Conakry et celui d’un cultivateur à Mandiana. Ces deux dernières victimes ont été égorgées en pleine journée. Comment expliquez-vous cette situation?

Notre pays n’est pas gouverné, l’État est déliquescent et par conséquent, il ne parvient pas à assumer ses missions régaliennes comme la sécurité des populations. Pour nos dirigeants, les forces de sécurité ont pour mission exclusive la répression des opposants à leur pouvoir. C’est regrettable. C’est pourquoi, nous devons réfléchir prioritairement sur la réforme de l’État.

Des scandales notamment miniers impliquant le président Alpha Condé et certains de ses proches sont devenus récurrents. Quelle est votre opinion?

Au vu des faits, on a l’impression finalement que M.Alpha Condé a conquis le pouvoir pour mettre main basse sur nos mines. Il ne parle que des mines, tout le reste n’a aucun intérêt pour lui. Mais l’étau se resserre à l’international sur tous les acteurs impliqués dans ces scandales de corruption qui spolient les droits constitutionnels des citoyens Guinéens (article 21, alinéa 2). Les députés doivent normalement engager une enquête parlementaire pour voir clair dans ces scandales.

Toumba Diakité ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara a été arrêté à Dakar dans le cadre de l’affaire du massacre du 28 septembre 2009 à Conakry. Monsieur Diakité ne veut être extradé en Guinée sous prétexte que toutes conditions ne sont pas réunies pour sa sécurité. Votre point de vue?

C’est son droit d’exiger que sa sécurité soit garantie par l’État pour accepter son extradition. Pourquoi lancer un mandat d’arrêt international contre Toumba alors que des d’officiers présumés responsables comme lui de ce massacre sont inculpés par la justice, mais continuent d’occuper de hautes fonctions étatiques? Moi je préfère que la CPI se saisisse enfin de ce dossier ou à la rigueur le tribunal qui a jugé à Dakar Hissène Habré.

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